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[Plonger dans l'âme de...] Lyor. Au commencement était le 129H

Lyor, Neobled, Rouda, trois noms indissociablement liés à un collectif, le 129H, et à l'Histoire du slam en France. Tout historien du mouvement passe par l'étude de ce qui a réuni ces trois garçons. L'année dernière, Neobled répondait à nos questions (son portrait est à retrouver ici), cette fois, c'est au tour de Lyor. Il le fait à plusieurs titres. En tant que lui-même, d'abord bien entendu, c'est SA vision des mots qui nous intéresse, en tant que co-fondateur du mythique 129H, donc, et en tant que membre du Conseil d'Administration de la Ligue Slam de France. Ce faisant, cet entretien annonce [Pourquoi Slamez-vous? 2020] en partenariat avec la Ligue... La série démarre demain et annonce elle même un grand projet autour du Slam pour l'année prochaine. Prêts? Vous avez rendez-vous avec l'Histoire! Bonne lecture



Très cher Lyor, ça me fait bien plaisir de te parler, puisque tu as plein de choses à dire sur le slam et la poésie. En quelle année as-tu commencé?

Pour moi, la découverte du slam commence avec le film éponyme de Marc Lévin aux alentours de 1999, 2000. Ça, c'est la rencontre avec le mot, ce qu'il représente etc. La rencontre avec la discipline a plutôt lieu début 2001.


Quel âge as-tu à ce moment-là?


Je suis né fin 80. En 2000, donc, j'ai 19, 20 ans. Mais j'écris depuis l'âge de 10 ans. Des petits poèmes, des petites choses dans un carnet... J'ai commencé à écrire du rap à 13 - 14 ans, donc en 94 -95. J'en écrivais dans mon coin dans ma chambre, jusqu'à ce que je rencontre des gens qui faisaient la même chose au lycée. Avec eux, on a monté un groupe, animé des émissions sur une radio locale autour du hip-hop. A cette époque-là j'étais plutôt dans une démarche rap, hip-hop.


C'était où ?


A Toulouse. Mais j'ai un parcours un peu multiple, parce que fils de parents divorcés. J'ai vécu entre Belleville (Paris XX) – Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et par la suite entre Aubervilliers et Toulouse. Un de mes deux parents avait déménagé dans le sud, donc je faisais un an chez l'un, un an chez l'autre. J'ai toujours navigué entre différents endroits. Je me suis fixé à Toulouse au lycée et c'est là que j'ai commencé à rapper pour de bon, à répéter, à travailler des textes sur des instrus... En 2000, je suis parti de Toulouse pour revenir sur mes traces parisiennes.


A Toulouse, c'était comment? Ce que les gens autour de toi avaient envie de découvrir, c'était la poésie, les mots, le rap...?


Quand j'ai commencé à rapper, je me souviens de discussions avec des gens de ma famille qui disaient: ”c'est une mode, ça ne va pas durer etc”. Mais, pour beaucoup de mes congénères, c'était déjà une vraie passion qui se vivait à fond, avec tout l'univers qui allait autour, vestimentaire, culturel, musical etc. Fin des années 90, ce sont les débuts d'Internet: il n'y a pas la consommation de la musique comme aujourd'hui. On allait chercher nos vinyles dans un des rares magasins qui proposait du hip-hop d'import américain et c'était du coup le rendez-vous des gens du coin. Il y avait une petite émulation avec notamment beaucoup de graffeurs à Toulouse. Ces gens fréquentaient les milieux hip hop de l'époque et tout se mélangeait. J'ai donc rencontré des rappeurs avec qui on a animé une émission sur la Radio Campus locale pendant un an.


Lyor à l'antenne! - Collection privée (C)

Tu étais étudiant?


Non. Je suis allé jusqu'au bac et j'ai fait une moitié de BTS que j'ai arrêtée pour aller faire du rap à Paris. En arrivant à Paris, j'ai rencontré le slam par l'intermédiaire d'Hocine Ben, mon beau frère de l'époque. C'est lui qui m'a ramené sur la première scène.


Tu te souviens de ce premier jour?


Complètement! Sans problème.


Raconte moi!

De ces rencontres naquit le 129H

C'était aux Lucioles, Boulevard de Ménilmontant et j'y ai rencontré des gens avec qui je travaille encore aujourd'hui, à savoir Rouda, Néobled... Il y avait seulement deux scènes à l'époque. Celle des Lucioles, donc, animée par Pilot' le Hot, et, 2 rue en dessous, il y avait le Côté Zèbre animé par Nada. Je ne le savais pas, mais les 2 présentateurs avaient déjà bossé ensemble et s'étaient séparés. Nous, on fréquentait les deux scènes. La première fois, donc, c'était aux Lucioles avec Hocine. J'y ai rencontré Yann Thomas, par exemple, qui est devenu un très bon ami et plein de gens dont tu as déjà dû entendre parler: Felix J, Yo, UCoc, Paul Cash, Angel Pastor, Henri Mille, Jean-Luc Duez.... la génération des slameurs des années 2000.


Que tu croises encore aujourd'hui?


Certains oui, d'autres moins. Et quelques-uns sont malheureusement décédés. A l'époque, j'avais 20 ans, on sortait tous les soirs, on allait partout où on pouvait, sur toutes les scènes... Ça a changé un peu. J'ai 40 ans, deux enfants et je me suis un peu éloigné de Paris. Mais je les revois avec plaisir pour la plupart.


Paris, quand tu avais 20 ans, c'était les mots les mots à fond la caisse alors...


Ecoute, j'étais venu pour ça. J'ai eu de la chance: une chambre de bonne m'attendait, je n'avais pas de loyer à payer. Ca m'a permis, en mangeant des pâtes et des boîtes de thon, de ne faire que ça pendant un temps. J'étais aussi un petit peu animateur dans le socioculturel en banlieue parisienne. Et puis, la passion prenant de plus en plus de place, les rencontres se faisant et les structures se montant, on s'est organisés, notamment à travers 129H Productions, pour prendre en main nos activités, se professionnaliser. En tous cas essayer d'en faire quelque chose. Ça s'est fait par étapes, mais ça s'est fait.



En tant qu'animateur socioculturel le slam te servait déjà à l'époque?


Oui. Ça faisait un lien avec tous nos jeunes, un sujet de discussions. Après, je ne faisais pas encore d'ateliers, je n'étais pas dans la transmission, parce que je ne me considérais pas à même de le faire. Bien qu'on ait commencé assez vite, on s'est formés sur le tas, ça m'a servi, mais je ne faisais pas d'ateliers d'écriture avec eux.


Comment as-tu vu la société autour de toi? Le slam a-t-il a été un élément de son évolution? Ou t'a-t-il permis d'évoluer à de la société et de changer, toi? Qui a changé le plus: la société ou toi?


Je ne parlerais pas de changement, mais d'évolution, dans le sens où je pense qu'on est - la société, comme nous mêmes - assez fixes dans nos éléments de base. Néanmoins, oui, ça m'a permis de rencontrer des gens que je n'aurais jamais croisés si je m'étais cantonné au milieu du hip hop par exemple. Me confronter à des visions du monde, soit très différentes, soit qui faisaient écho à la mienne, mais venant d'autres gens, d'autres univers etc. La scène slam a été un enrichissement personnel très fort, avec des rencontres, des apprentissages, de l'émulation d'écriture aussi. Est ce qu'on a changé la société? Je ne sais pas. J'ai envie de dire : il en faut un peu plus quand même! Je pense néanmoins qu'on a changé le parcours de gens autour de nous. Ça j'en suis sûr. On a influencé des gens dans leurs choix, on a pu faire découvrir de nouvelles façons de voir à d'autres personnes. Est ce qu'on a contribué à changer la société, ça me paraît un peu présomptueux de penser ça! C'était une tribune de libre expression, ça l'est toujours en partie. Un endroit où on pouvait tout entendre et tout dire.


Dans le monde du hip hop en général, le rap est plus monostyle, ou mono couleurs, tandis que le slam est complètement disparate et tout est possible, non?


C'est intrinsèque à chaque mouvement artistique. Le rap a ses codes, son univers, ses origines. Le slam en France a des origines variées. Le mot est arrivé des Etats-Unis, mais il s'est appliqué à quelque chose qui se faisait déjà en France. Les caves poésie, les rencontres de gens qui venaient dire des textes... le mot est venu se plaquer sur une discipline déjà existante, selon moi, et il a permis à des gens de se rencontrer parce que je n'aurais peut être pas été attiré par une "cave poésie" alors qu'une "soirée slam" tout de suite ça le faisait. Mais les gens qui au tout départ faisaient du slam à Paris, ne disaient pas qu'ils en faisaient: ils se retrouvaient juste pour dire des textes. C'est une journaliste qui revenait des Etats-Unis qui leur a dit: “mais en fait ce que vous faites, c'est du slam”. C'est comme ça que le mot est arrivé. Du coup, ça s'est plaqué sur une vision différente de ce que c'était vraiment aux Etats-Unis puisque le seul point commun était le fait de dire des textes sans musique derrière. Et encore, aux Etats-Unis, il y a beaucoup de scènes où il y a des musiciens et c'est plutôt du spoken word. Mais, là-bas, c'est d'abord un tournoi, tandis qu'en France, pendant très longtemps, ça a été plutôt une scène ouverte - bien qu'aujourd'hui Pilot dise le contraire, pendant très longtemps il nous engueulait dès qu'on mentionnait le mot tournoi. La légende dit que ça a été calqué sur le modèle des narcotiques anonymes... Pour confier ce qu'ils avaient sur le coeur de manière un peu artistique, les gens qui fréquentaient ces réunions ont décidé d'adopter le même mode de fonctionnement. C'est comme ça sont nées les premières scènes slam françaises. D'où les pseudos, le temps de parole, le support a cappella etc.


Alors le 129h... Cette rencontre magique!

Le 129H en 2014 (C)

Assez incroyable, oui. La création de l'association, administrativement, sur les papiers, c'est septembre 2001. La rencontre s'est faite avant. Très peu de temps avant finalement puisque je suis arrivé à Paris en mars 2001. Rouda et Néo s'étaient déjà rencontrés mais ils se côtoyaient à peine. Vraiment, on s'est rencontrés tous les trois, plus Nina Nonyme qui est aujourd'hui décédée, Yann Thomas qui a fait aussi un temps partie de l'aventure et Nour Sabba, sur les scènes de Pilot et Nada à l’été 2001. On a appris à se connaître. Rouda et Néo ensemble ont animé leur première scène slam à laquelle on était tous présents, mais plutôt en tant que slameurs, dans un squatt Place Clichy. Ensuite avec eux, on a commencé à animer des Scènes Slam à la Chaumière des quatre coins du monde dans le 20ème arrondissement, vers le Parc de Belleville. Ensuite on a ouvert une scène slam, je ne sais plus dans quel ordre c'était, mais il y a eu l’Ogresse, l'Union Bar, le Lou Pascalou... Et puis, on a animé ensemble un certain nombre de scènes, créé des spectacles, participéau Cercle des Poètes sans Instrus, avec Droopee et Techa, Jackie Ido (alias John Pucc’ Chocolat) et Grand Corps malade...


Petite parenthèse comme ça, est ce que ça aurait été possible à Toulouse?


Bonne question. Il y a aujourd'hui des scènes slam à Toulouse, il y en a depuis un certain temps. Mais je pense qu'au même moment c'était compliqué. A cette époque là, en 2001, il y avait des choses qui se passaient du côté de Lyon, peut être du côté du Nord à Lille, mais c'est tout. C'était très confidentiel. Il y a eu des phénomènes émergents et similaires dans quelques autres grandes villes en France. Mais, pour moi à l’époque, il n’y avait que ce triangle d'or autour du Boulevard de Ménilmontant avec deux - trois bars qui rassemblaient l'essentiel de la scène française.


Quelle direction as-tu prise en terme d'écriture, de rapport aux mots, à la poésie?

Déjà dans le rap, j'étais un petit peu particulier parce que j'ai toujours eu un rapport aux mots assez prégnant. Comme je te disais, j'écrivais avant de faire du rap, je suis d'une famille un peu... Mon père était artiste peintre, ma mère comédienne - psychothérapeute. Il y avait des velléités familiales on pourrait dire ! Après, la rencontre avec les autres slameurs, l'émulation que ça peut créer de voir les différences de styles, d'univers, de vocabulaire, d'inspirations qu'on peut rencontrer... m’ont nourri. Forcément ça construit l'écriture, ça donne envie de faire des choses différentes. Assez rapidement, je me suis tourné vers une écriture soumise à des contraintes, comme celles des surréalistes avec l'oulipo, des choses comme ça. J'aime bien ce genre d'exercice. Donc des textes pas toujours facilement abordables. Mais ça me plaît.


Justement, on va revenir à l'écriture elle même. Comment écris-tu? Tu choisis un moment de la journée particulier, des conditions particulières?


J'ai envie de te dire: peu importe. Ce que je n'ai jamais réussi à faire, malgré les bons conseils de mon père, c'est de me donner des rendez-vous d'écriture. Ça vient un peu comme ça vient. J'ai des périodes très prolifiques où je peux avoir envie d'écrire plein de textes sur plein de sujets et puis des périodes où je ne vais pas écrire pendant plusieurs mois. Je n'ai aucune discipline... Je n'ai pas envie de me forcer à écrire, même si je le fais très souvent en ateliers d'écriture. Parce que je me pousse à écrire avec les autres: quand je donne des exercices, je les fais avec eux, ce qui me pousse à garder une espèce d'hygiène d'écriture. Mais pour ce qui est de mes projets personnels, je fais vraiment comme ça vient.


C'a nest pas toi qui commande, ce sont les mots?


C'est un peu ça. C'est en tout cas ce que je me suis dit... Parce que malgré tout, je me rends compte qu'on pourrait se commander à soi-même en se forçant un peu et qu'il en sortirait des choses sûrement pas trop mauvaises. Mais j'ai en tout cas décidé que ce ne serait pas le cas... Est-ce que c'est une décision consciente ou est-ce que je l'ai conscientisée par la suite? C'est une autre histoire.


Tu as envie que l'énergie motrice du départ soit sincère?

Aux sources: le Green Mills, Chicago - 2016 (C)

Exactement. Souvent, ça part d'une idée, d'une phrase parfois même, d'un début de texte qui est posé pour y revenir ensuite. Parfois c'est juste un concept ou une contrainte d'écriture qui va nourrir quelque chose, qui va amener un sujet aussi. Il y a plein de biais différents. J'essaie de ne pas rester dans quelque chose de systématique.


Y a-t-il quand même quelque chose qui déclenche ton envie?


En général oui, ça part d' un ressenti ou d'un sentiment puissant. Ca peut être une colère, un émerveillement, plein de choses... Un questionnement récurrent. Je navigue dans mes sujets entre des choses très personnelles et des choses parfois plus universelles ou sociétales. Mais ça part toujours d'un sentiment vécu.


Tu te poses à une table, tu prends ton téléphone....?


Je n'écris pas sur le téléphone ou alors c'est vraiment une note, un début d'idée. J'aime bien le papier stylo, le carnet ou la feuille volante peu importe… le problème de la feuille volante, c'est qu'il ne faut pas la laisser voler trop longtemps ! Mais non, plutôt le carnet. Je me pose au bureau, dans les transports... Il y a peu de règles encore.


Préfères écrire seul ou au milieu des gens?


Je préfère écrire seul. Au milieu des gens que je ne connais pas, à la rigueur, dans les transports en commun, ça ne me dérange pas, mais je préfère avoir mon confort, chez moi, avec de la musique dans les oreilles. Souvent le soir.


Lyor (C)

Est ce que le slam t'a servi à autre chose que le slam lui même?


A deux niveaux. Le premier, et non des moindres : j'y ai rencontré ma femme et la mère de mes enfants, ça n'est pas rien. C'était d'ailleurs le but non avoué de la plupart d'entre nous à l'époque (Rires). Il y a ceux qui y sont arrivés et les autres.


Merci le slam!


Ça n'est pas négligeable. C'était une slameuse aussi. Après, on a dû s'organiser pour en vivre, développer des choses autour de cette discipline, notamment les ateliers d'écriture. C'est un côté important de mon activité et de ma vie en général. Je passe beaucoup de temps, moins en ce moment de confinement, mais beaucoup de temps en ateliers d'écriture. La transmission, c'est super important dans ma façon de concevoir mon quotidien d'artiste. Je pense que c'est une part très importante de ce qui continue à me nourrir: être au contact avec des plus jeunes, des gens différents de moi, leur montrer d'une part qu'ils peuvent aussi créer, être artiste et d'autre part me nourrir moi aussi de toutes ces rencontres.


Le grand avantage du mot, c'est qu'il n'appartient à personne, donc on peut se le partager.

Exactement et on en a toujours autant. On peut le donner et on en a toujours autant soi-même. On peut même s'enrichir mutuellement des mots des uns et des autres, moi j'apprends des nouveaux mots tous les jours et j'adore.


Les ateliers que tu animes, c'est quel âge? Pour quel type de public?


Il y a un peu de tout. Il y a principalement des jeunes, surtout collégiens lycéens. Après, j'ai une particularité un petit peu dans l'animation, c'est que je me suis spécialisé au cours des années dans le domaine médico social. J'interviens dans les maisons des adolescents, des centres d'accueil thérapeutiques ou avec des enfants malades du cancer. Donc, cette population-là, autour de 15-25, et parfois aussi des adultes voire des anciens. Il m'est arrivé d'animer des ateliers en maison de retraite. Je devais commencer un atelier là, ces jours-ci avec des anciens du quartier du 20ème arrondissement. En fait on répond à toutes les demandes en permettant à chacun de créer son texte et d'oser l'interpréter du mieux qu'il peut dans le peu de temps qu'on aura pour le former. Chacun doit venir le dire sur scène, que ça soit entre nous ou devant un public. A chaque fois c'est l'objectif.


C'est marrant. Tu renvoies indirectement à ce que tu as dit tout à l'heure en parlant de ta mère comédienne psychothérapeute...


Oui j'ai réussi à allier toutes les composantes familiales, tout à fait.


Parce que c'est clair que du coup le mot devient un outil pour aider .

Écoute, nous on s'en est rendu compte très rapidement dans nos différents ateliers. On était amenés à être confrontés très vite à des formes de catharsis dans l'écriture avec certains participants. Souvent, quand je démarche un atelier auprès d'un centre médico social ou une structure de ce genre, eux, leur objectif c'est de travailler le côté psychologique. Moi, ce n'est pas le mien. Je le leur dis. Mon objectif 1er, c'est de faire de l'écriture et de l'oralité, mais on a bien conscience qu'il y a des effets induits indéniables. Libre à ceux qui accompagnent l'atelier, médecins, infirmiers... de rebondir par la suite. Moi, je ne suis pas psy, je n'ai pas de formation à ce niveau là, donc je ne prétendrais pas pouvoir agir moi-même directement sur cet aspect. Mais je sais très bien qu'il y a des effets induits et je peux apporter mon regard dessus.


On dit que la musique adoucit les mœurs. Que dirais-tu des mots?


Les mots peuvent adoucir les moeurs, mais ils peuvent ne pas. Il y a un très bon titre de Marshall Rosenberg dans un ouvrage sur la communication non violente: "les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs". Tout dépend de l'usage qu'on en fait.


Comment vois-tu la scène slam aujourd'hui et comment vois-tu son avenir?


Nous, en 2007/ 2008, on a arrêté d'animer des Scènes slam à Paris. C'était juste après le succès de Grand Corps Malade et la scène slam était devenue un peu une vitrine où les gens pensaient qu'ils allaient trouver le producteur de leur vie. Ca perdait de son côté subversif, hors du cadre. Ça nous avait gavés à ce moment là. On y est revenus parce que c'est notre passion, qu'on aime aussi proposer la parole à chacun et que je pense que dans notre façon d'animer à trois, on amenait quelque chose que les gens ne trouvait pas forcément ailleurs. Aujourd'hui, il y a quelques très bonnes scènes que je recommande aux gens. Pas autant qu'avant, mais il y en a. Pour ce qui est des slameurs, on a retrouvé un peu de cette fraîcheur de l'époque. Je pense qu'il y a aussi en termes sociétaux des choses qui se sont passées. Il y a eu une période entre les émeutes de banlieue et peut être jusqu'en 2015 les attentats où il y a eu une espèce de, je ne sais pas comment dire, comme une chape de plomb. Les gens étaient-ils contents de ce qu'ils avaient et, du coup, n'avaient rien à dire à ce moment là? Je ne sais pas... Mais, là, en ce moment, on revient dans une forme de contestation dont les poètes se saisissent. Il se dit des choses un peu plus engagées, un peu plus militantes, un peu plus fortes aussi dans les scènes slam aujourd'hui. Et il y a de bonnes scènes, en tout cas je parle de celles que je connais, à Paris, mais ça n'est pas aussi pléthorique qu'à une certaine époque. Est ce que c'est un mal pour un bien? Je ne sais pas. En tous cas, pour l'avenir, ce que je peux te dire, c'est que ce que je dis souvent : tant qu'il y a des nouveaux slameurs, le slam continuera. A partir du moment où il y a des gens qui proposent une tribune de libre expression et d’autres qui s'en emparent, il n'y a pas de raison que ça s'arrête.


Rouda, Oxmo Puccino, Neobled, Lyor... et beaucoup d'autres!

Et toi là dedans? Qu'aurais tu envie de prolonger toi?


En ce qui me concerne, je prolonge de différentes façons. On a toujours les activités du 129H, nos créations, nos projets musicaux, nos ateliers d'écriture... Et puis après, il y a tout le volet "Ligue Slam de France". Depuis deux ans maintenant, je suis dans le Conseil d'Administration aux côtés de Zurg et Yopo, Audrey Ribes et maintenant TomTom. A travers ça, j'ai envie de rendre au mouvement ce qu'il m'a apporté, de mettre mes aptitudes à contribution, donner un peu de mon énergie sur l'organisation des événements, sur les prises de décision... Des choses comme ça. Je représente l'Ile de France dans ce Conseil d'administration et je trouve que c'est une façon utile de redonner au mouvement, de prolonger avec mon expérience.


Tu échanges donc avec les organisateurs de scène à droite à gauche?


Oui. Notamment ceux qui sont adhérents de la fédération, mais, j'essaie aussi de rentrer en contact avec ceux qui pourraient avoir des questions et qui ne sont pas forcément adhérents. C'est un peu long à installer, c'est à dire que je ne suis pas sûr que tout le monde m'ait parfaitement identifié. Mais les adhérents savent en tous cas qu'ils peuvent venir vers moi pour des infos, des demandes...


Quelles sont leurs principales demandes aujourd'hui?


Les demandes tournent surtout autour de deux aspects des actions de la Ligue à savoir "Le slam à l'école" et la Coupe. Après il faut savoir que le mouvement parisien et francilien est un mouvement qui est très structuré depuis longtemps donc ils n'ont pas de demandes particulières. Parfois on m'appelle mais plus à titre personnel pour un conseil sur comment mener un atelier ou autre.


Un projet personnel en vue?


Pour les mois à venir, c'est compliqué, mais je suis en train de finir de produire un deuxième EP. J'en ai sorti un en 15 ans, je ne suis donc pas une grande force de frappe au niveau production... Mais, je sors le deuxième au bout de cinq ans, donc j'ai triplé ma vitesse de construction ! (rires). Je viens de finir de mixer, ce sont cinq morceaux qui vont sortir fin septembre/ début octobre. C'est prêt, c'est mixé, il n'y a plus que le mastering à faire... On est sur les starting blocks!


Merci beaucoup... et à bientôt donc!


Propos recueillis par #PG9


Lyor. Photo: Romain Rivierre. Artwork: Webmyart (C)

Lyor


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