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Son film "I AM MIA" va naître sur instagram: Pablo Pinasco explore les dimensions de la création

Dernière mise à jour : 13 janv.

L'aventure que vous allez lire ci dessous est celle de la création "on line" d'un film dans une démarche très originale et multi-forme. "I AM MIA" va naître sur instagram au fur et à mesure du tournage et de la mise en ligne des séquences par l'équipe...


L'expérience est portée par le réalisateur-auteur Pablo Pinasco, déjà multi-récompensé pour ses webséries précédentes, mais qui peinait à trouver les financements pour ce nouveau projet. Qu'à cela ne tienne, il a rassemblé une équipe enthousiaste -et fidèle- autour de lui pour commencer à fabriquer les différentes pièces du puzzle. Vous allez voir, la démarche est passionnante! Allo, Pablo?


Bonjour Pablo ! Tu mets ce 13 janvier (2022) en ligne ta nouvelle websérie, « I AM MIA ». Sa particularité : c'est le puzzle d'un long métrage...

Bonjour Philippe. « I AM MIA » a pris cette forme particulière d'abord malgré nous et puis finalement totalement, joyeusement, grâce à nous. C'est une vraie histoire que j'avais écrite il y a quelques années. Comme je n'arrivais pas à trouver une boite de prod que ça intéresse, on a décidé de prendre le scénario et on a commencé à tourner quelques scènes comme ça au pif, celles qu'on pouvait selon l'équipe qu'on avait. Une fois qu'on a tourné les scènes, on s'est dit mais ça peut être sympa de faire une histoire qui se construit au fur et à mesure... Ca veut dire qu'on voit la scène 22, après la 15, la 2, la 3... la 45... et du coup on a commencé à donner une forme à ce parti pris et on s'est dit on va chercher des aides avec ce format-là. Et on a eu l'aide CNC Talent et celle de la région PACA.

On va dire que les contraintes financières ont guidé les possibilités de tournage qui sont devenues une manière d'explorer une nouvelle forme de narration.

Oui. En le faisant, on s'est aperçus qu'on ne pouvait pas traiter une scène d'une façon individuelle comme si elle était une scène dans un fil linéaire. Plein de scènes dans le film sont juste des liens entre les choses et là, par contre, chacune devait avoir un intérêt propre (musical, narratif, esthétique...). Du coup, on s'est dit que finalement, le fait de le mettre on line sur instagram qui est un média où l'attention est très courte commençait à donner un sens à tout ça. Je pense toujours que les choses ne sont pas par hasard : elles ont un sens qu'on ne découvre pas au tout début, mais après on comprend que c'est bien pour quelque chose que ça se fait comme ça. Donc, on a dit banco, on va lancer tout comme ça et en le faisant, les gens ont adhéré à la façon de le faire artistiquement. Après, comme on était indépendants, complètement, ça nous donnait une liberté totale...

Quand tu dis « les gens ont adhéré à ça », tu parles de qui?

De l'équipe. C'est à dire que, quand tu commences un projet où tu n'as pas d'argent, l'intérêt, il faut qu'il soit artistique ou humain ou autre... Quand on racontait comment on pensait le faire, les comédiens, le Directeur Photo... qu'on a contactés une copine productrice, Valérie Rivier, et moi, parce qu'on a monté une petite boite de prod pour pouvoir faire ça, tout le monde disait oui ! Et c'était plus facile de trouver les gens parce que on ne les prenait pas pour des longues périodes de tournage, on les prenait pour tourner une scène, 2, 3, le week-end, la semaine d'après et il y avait un truc qui se goupillait entre l'artistique et le financier qui était hyper intéressant. Du coup, on s'est dit, c'est peut-être la bonne manière de le faire ce projet-là.

Maintenant, ça y est ? Tout est filmé ?

Non ! On estime que le film fera une durée de 2h et on a tourné 43 minutes. Quand je dis 43mn, il y a eu ça aussi : avec les contraintes financières, on a vu que tourner tout en vrai film, ça serait trop cher, du coup on a décidé de dessiner certaines scènes. J'ai contacté Fred Remuzat, quelqu'un que j'adore qui fait des story-boards pour le cinéma, et il m'a dit : « OK, à fond ! On fait des planches, on enregistre les voix et ça sera comme une BD avec des voix, du sound-design et la musique ». Et aussi des podcasts. Donc en plus du format de narration, à l'intérieur du format, il y a des choses différentes. Dans une scène, tu vas voir le comédien qui joue, la scène d'après il sera dessiné... Ou juste en podcast. Ca a commencé à devenir un truc qui nous plaisait bien. Tout basé sur une contrainte économique à la base... qui te pousse à réfléchir à ce que tu veux faire. Je ne dis pas qu'il faut toujours travailler sur la contrainte économique, mais quand on est un peu habitué à ce type de processus, on essaie de rebondir sur ça. L'objectif, c'est de le faire ! Et des fois on se dit que ces contraintes proposent des chemins qui sont plutôt intéressants.

Parce que tu avais réellement l'urgence de ce projet-là ?

Je l'ai écrit en 2018. Je l'aimais beaucoup, mais je trouvais qu'il y avait un écart trop grand entre son importance et mon expérience. Dans l'audiovisuel, un projet comme ça, ça coute très cher et au bout de quelques années, j'ai compris que personne n'allait me donner cet argent-là. C'était logique, il y a des intérêts financiers, je comprends ! Artistiquement, l'écriture, l'idée, l'histoire moi me plaisait, du coup, comme autour de moi personne ne me disait « OK, on y va ! », avec en plus un concours de circonstances, le COVID, le temps, un peu de dispo, on s'est dit on va le lancer maintenant. Ca a commencé par ces deux scènes qu'on a tournées et on s'est dit, ça serait pas mal d'aller un peu plus loin...

Quelqu'un qui veut suivre l'histoire, d'une manière ou d'une autre dans la forme d'expression artistique, pourra la suivre dans son intégralité ?

A la fin, du processus, il va y avoir tous les éléments. Tu t'abonnes au compte instagram et du coup tu vas voir passer les scènes. Tu vas les regarder... Dans ta tête, on espère que tu vas commencer à construire une histoire, avec des trous, puis progressivement moins de trous, en imaginant, jusqu'au moment où tout va être complet. Comme on voulait lancer un crowdfunding à un moment donné, on s'est dit quel peut en être l'objectif? Et on a trouvé la réponse : une projection quand même de tout bien rangé dans l'ordre dans une salle de cinéma. Donc, on se dit qu'une boucle s'est bouclée... On line, on va tout passer, ça veut dire qu'au bout de 6 mois, tu auras toute la série, toute l'histoire, mais toute mélangée... Peut-être que tu n'auras pas tout compris, tu auras pu te perdre... Peut-être qu'à des moments donnés tu étais en vacances et que tu n'as pas été attentif... Et donc, l'idée serait après de se retrouver dans une salle de cinéma et de voir les deux heures montées dans l'ordre pour découvrir l'histoire linéaire... C'est une belle façon de boucler la boucle.


"I AM MIA" - Bande annonce


Tu dis que tu n'as pas suffisamment d'expérience pour que des financements tombent sur un projet ambitieux comme celui-là. Peux-tu nous parler de ton parcours... Qu'est-ce qui est rentré dans ta vie d'abord ? L'image ? Les mots ? La musique ?...


Historiquement, j'étais musicien à 18 ans comme beaucoup de jeunes, je pense. Après, j'ai laissé tombé, je me suis aperçu que je ne serais jamais une star de rock... Cette expérience m'a quand même servi : monter des groupes, faire des répets, monter des projets... Après, j'ai commencé à faire du design. J'étais graphiste, directeur artistique. A un moment donné, les clients me demandaient des petits films pour le digital, du coup j'ai commencé à tourner et comme tous les gens qui font de la publicité ou quoi, il y a un moment donné, je me suis dit il faut faire des trucs qui ont un peu de sens quand même...

J'ai commencé à faire une webserie avec un copain, Sébastien Nadeau, et en la faisant je me suis aperçu que l'image j'adorais et que je maitrisais. Ecrire, ça me plaisait énormément. Du coup, comme cette série a gagné des aides, SACD, des prix dans des festivals, je me suis dit ça n'est peut-être pas si mal ce que tu fais. Du coup, j'ai continué à faire des projets comme ça. J'ai eu quelques aides SACD, le Prix CNC Talent... mais comme je suis dans un âge où j'ai envie de faire les choses un peu comme j'ai envie, « I AM MIA » tombait bien parce qu'on le fait vraiment comme on a envie artistiquement, on a une liberté totale et ça nous permet de ne pas gagner beaucoup, d'être très serré dans le budget mais d'avoir un plaisir énorme et une grande liberté. C'est toujours à mon avis les deux piliers : l'argent et la liberté. Il y en a un qui monte, l'autre qui descend... On a choisi celui sur lequel on voulait aller. On verra comment ça se passe, mais jusqu'ici on est confiants parce que les retours à l'intérieur de l'équipe sont très positifs, dès qu'on montre des choses, ça a l'air de plaire... Et je pense que la façon de le faire sur instagram, c'est une bonne idée pour ce projet-là.

Les bouts que j'ai vus sont très poétiques. C'est très sensible, agréable, doux. Il y a beaucoup d'humanité dans ce que tu fais.

C'est finalement comme ce que je fais d'habitude, parce qu'il y a toujours ça. Et j'aime bien travailler les univers visuels, là je travaille avec un musicien, Christophe Ménassier, qui a composé 45 minutes de musique originale, déjà ! On a passé des journées en studio à discuter, à voir quel était l'univers musical de chaque élément... Pour moi, les univers, autant visuels que musicaux, sont indispensables pour te sentir vraiment quelque part. Après, ce qui se passe à l'intérieur, tu aimes ou pas, mais au moins tu es dans un lieu en 3D, autant visuel que musical. Naturellement je fais très attention à ça. Après, à l'intérieur, tout peut arriver : on se perd, on navigue, on s'attache pas trop parce que les histoires sont un peu planantes et ouvertes, mais mon envie, c'est ça. Que les gens se retrouvent quelque part sur instagram à petite dose. Il y a des scènes de 3mn, tu dois prendre le bus, tu as 3mn, tu mets le casque, tu écoutes... et tu te dis ah oui, là, c'est le personnage qui était ailleurs etc... Ou sinon, tu ne comprends rien ! Mais tu passes un bon moment poétique, planant et on verra à quoi ça rime après. C'est le parti pris : plonger . Plonger dedans et après naviguer comme on peut avec ce qu'on est, ce qu'on comprend. Voilà.

Les 3 dimensions du monde, pour toi, sont l'image, le son et l'histoire ?

Oui. Du coup, on peut dire que j'aime bien les comédiens à l'intérieur de ça soient épaulés par ces 3 choses. Finalement il y a un univers autour qui donne aussi le sentiment à tout ça. J'y suis assez sensible: que la façon de filmer dise aussi ce qu'est en train de vivre le comédien. Du coup, il n'est pas obligé de tout dire. Après, il y a un coté très contemplatif dans tout ce que je fais. On me le dit souvent... Je pense qu'on arrive à peut-être une époque où il faut apprendre à regarder plutôt qu'à agir. Il faut changer le monde, on est d'accord et pour ça il faut agir, mais, il faut se souvenir qu'on n'est peut-être pas le centre de l'univers et qu'on peut regarder tout ce qui se passe avec plus d'attention et se dire qu'on fait partie d'un tout, mais on en fait partie. On n'est pas le tout. Ce que fais, c'est un peu prétentieux peut-être, c'est un regard sur les choses. J'aime bien que le personnage se laisse porter par la vie, par les choses qui arrivent, qui ont un sens. Cette histoire, c'est un peu ça. Ce sont des choses qui arrivent, qui font qu'on va ailleurs, qu'on découvre autre chose, qu'on se pose des questions... Voilà !

Tu as obtenu le Prix CNC Talent pour ce projet?

Oui. La SACD m'a aussi beaucoup aidé pour les projets d'avant, pour l'écriture et je trouve que c'est super parce que c'est une vraie aide à la création sans un regard commercial. Tu écris un truc, ils aiment bien, ils te donnent l'argent et tu peux continuer à travailler... Il n'y a pas d'attente de résultat avec ce type de prix. Pour le créateur, c'est parfait... C'est l'appui de la SACD qui m'a décidé à écrire en me disant « ce que tu fais c'est bien donc vas-y ! ». C'est super....

Tu es basé où ?

On est à Marseille. Ce qui nous permet déjà d'avoir des lieux extraordinaires autour pour tourner, d'avoir des gens qui ont plus de temps. Parce que je pense qu'à Marseille on n'a plus de temps qu'à Paris. Au bout de quelques années, j'ai fait un réseau avec le directeur photo (Miguel Angel Fernandez), des musiciens, des amis, des professionnels, des professionnels qui deviennent amis, des amis qui deviennent professionnels... Les comédiens aussi : Blandine, Romy, Antoine, Jeanne et Edwige. C'est l'ensemble de tout ça qui fait qu'on peut monter un projet presque sans argent au début. C'est le lien avec les gens. Du coup, on tourne aussi, c'était une contrainte au début mais c'est de plus en plus un choix, avec des équipes très très petites. Aujourd'hui, on est dans une époque où on a du petit matos et où on n'a pas besoin de copier le cinéma. On fait des équipes toutes petites, hyper dynamiques, qui s'adaptent à beaucoup de situations. J'aime bien ça, parce que ça permet d'avoir un lien étroit avec tout le monde. Pour les 43 minutes qu'on a tournées, j'ai beaucoup communiqué avec les comédiens. On a travaillé jusqu'à la fin ensemble. On communique beaucoup entre nous pour que tout le monde soit dans une espèce de lien créatif jusqu'à la fin. C'est vrai que je ne peux pas l'imaginer avec beaucoup beaucoup de gens, il faut une petite équipe quand même. Il y a de très bonnes choses dans le digital qu'il faudrait garder autant que possible quand on fait des choses un peu plus propres.

La projection dont tu parles, une fois le film fini, ça sera à Marseille ou tu imaginerais en faire plusieurs ?

L'idée, c'est de faire un crowdfunding, sans montant de participation. C'est à dire que celui qui n'a pas d'argent, il mettra 5€ et il viendra, celui qui met 100€, il viendra aussi. On fait un truc très... Celui qui a l'argent, qui peut, qui aujourd'hui va bien, il met, sinon il ne met pas beaucoup. On va faire une projection surement à Marseille, parce qu'on est de Marseille, mais on a envie de faire aussi une à Paris, donc on verra les participants au crowdfunding et après on fera un peu partout si jamais ça marche bien ! On ne sait jamais. Mais, finalement, un crowdfunding avec des cadeaux dont tout le monde se fout comme un mug, un autocollant, une affiche... On s'est dit que c'était plus sympa de se faire un apéro au cinéma, matter le film ensemble dans l'ordre, discuter après, ça prenait un sens. Comme si on avait exploré tout ça d'une façon particulière et finalement on le voyait linéairement à la fin... Je pense que chacun aura son idée avant de le voir et après aussi. C'est ce qui est intéressant : on line, il y aura des milliers de façon de le voir et au cinéma, une seule, même si elle est propre à chacun. Symboliquement, c'est sympa de se retrouver tous à Paris, Marseille, peut-être ailleurs, je ne sais pas... Ca aura plus de sens qu'un cadeau matériel dont tu te fous un peu. Et, pour nous, c'est plus facile de gérer une séance de cinéma que de distribuer 200 cadeaux par la poste...

Quelque chose d'important à ajouter ?

Qu'il faut faire les choses ! Il faut continuer à se bouger pour les présenter, les sortir... C'est hyper important pour tous. Et qu'après les projets, si tu mets l'énergie, les gens ils adhèrent, donc il faut y aller. Les jeunes en particulier. Il faut qu'ils montent des trucs, qu'ils fassent voir les choses... qu'ils n'écoutent pas les gens vieux comme nous ! Qu'ils y aillent. Je trouve qu'il y a une beauté particulière dans l'action. Même comme expérience humaine. Je trouve le processus créatif comme ça où tu es à plusieurs, c'est magique. L'énergie que te donnent les autres est 1000 fois plus grande que celle que tu mets. Donc, c'est un bon deal !


Merci Pablo! Vive Mia et vive le cinéma!


Propos recueillis par #PG9


Pour voir "I AM MIA" naître, abonnez-vous au compte instagram:

@IAMMIA.STORY



"I AM MIA" de Pablo Pinasco

C’est l’histoire d’une petite fille qui voulait savoir qui elle était. D’un chercheur obsédé de ne rien oublier. D’une jeune femme qui en avait marre de se battre contre tout. D’un homme qui ne se rappelle plus s’il avait été bon ou mauvais. D’une femme qui voulait découvrir l'au-delà. D’un homme qui voulait pouvoir dire au revoir à son fils. D'une jeune femme qui voulait retenir les souvenirs de son frère. 

C'est une histoire de voyages dans les souvenirs. A travers l’eau. 

Mia est une jeune fille surdouée, indépendante et solitaire. Elle reçoit une machine pour voyager dans les souvenirs en entrant en contact avec l’eau. Elle, qui a perdu la mémoire, qui n’a aucun souvenir de son passé. Accompagnée d’une jeune femme badass et d’un homme solitaire et à la dérive, elle entamera un voyage à la recherche de son concepteur. Un voyage où ils dévoileront leurs souvenirs les plus enfouis et qui les mènera au delà de ce qu’ils avaient imaginé...

Avec Romy Durand, Blandine Papillon, Antoine Trucci, Pablo Pinasco, Edwige Poret, Jeanne Peltier-Lanovsky, Michel Athénour...


Chef opérateur: Miguel Angel Fernandez

Musiques: Christophe Menassier

Illustrations: Fred Remuzat


Production: Pablo Pinasco, Valérie Rivier - www.closeyoureyes.me


Avec le soutien du CNC et de la Région PACA


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