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[Pourquoi Slamez-vous? 2020] Nadjad, Paris

Slameuse/ Slameur: Nadjad

Equipe de: Paris

Pourquoi Slamez-vous?

Enquête auprès des poètes sélectionné-e-s pour la Coupe de la Ligue Slam de France 2020

www.ligueslamdefrance.fr



Bonjour Nadjad! Comment as-tu rencontré le slam? Te souviens-tu de la première scène à laquelle tu as assisté, puis participé (et donc de ton premier texte)?


Je m’en souviens comme si c’était hier: j’étais allé en mai 2017 au "Moulin à Café", un café associatif à Paris, mais j’étais pétrifié à l’idée de déclamer mon texte. Et puis, j’ai assisté à la soirée et j’ai été scotché par les qualités des slameurs... A la fin, j’ai regretté de ne pas avoir eu le courage de "monter sur scène". Le mois suivant je suis revenu, j’ai pris mon courage à deux mains, je suis allé présenter mon texte et j’ai ressenti un mélange d’émotions très intenses sur trois minutes : la peur de bégayer, d’être mal compris, de mal lire et surtout d’être jugé. Entendre à ce point ce "silence" de toutes ces personnes devant moi : est-ce qu’elles suivent mon histoire ? Où est-ce qu’elles sont en train de faire la liste des courses du week-end dans leurs têtes ? Enfin, je suis content d’arriver à la fin du texte, je me surprends à être un peu plus à l’aise, je sens de la bienveillance quand je daigne un peu lever la tête du texte et après avoir été applaudi, au fond de moi, j’ai envie de passer une deuxième fois. Ce jour-là j’ai compris que j’étais piqué.


C’était un texte important pour moi: je l’ai utilisé deux fois pour marquer la fin d’un projet. La première fois, c’était pour le dernier billet d’un blog sur la Francophonie, et la deuxième fois j’ai allongé et remodelé ce texte pour les remerciements de mon roman culinaire Macaron*le président français qui est devenu comorien en 24 recettes, que j’ai autopublié en 2018. Je voulais un texte fort, qui fasse un peu l’autopsie de la période écoulée et qui soit également mon manifeste de combat pour les années à venir. C’est d’ailleurs le seul texte dont l’écriture s’est étalée sur des mois: j’aime bien réfléchir très longtemps sur les thématiques, le fond et la forme d’un texte, mais pour un texte de trois minutes, en général, il faut que j’écrive le squelette du texte en moins d’une heure.


Comment écris-tu tes textes? Qu'est-ce qui t'inspire? Aimes tu te mettre dans des conditions particulières pour écrire?

Je suis inspiré par beaucoup de choses, et je me suis rendu compte que tout peut être source d’inspirations. En société, je suis plutôt de nature discrète, donc j’écoute beaucoup plus les autres que je ne parle en général. Malgré mes 31 ans, j’essaye de ne pas attraper "la paralysie musicale" et je me refuse à me dire des phrases du style "c’était mieux avant" donc j’aime bien aller à la rencontre d’événements avec de nouveaux artistes. J’écoute aussi beaucoup de podcasts, surtout ceux d’Arte Radio, je lis régulièrement la presse… Le point commun de beaucoup de choses qui m’inspirent (podcast, lectures, sorties entre potes…) c’est définitivement l’écoute, et je me bats énormément pour que mes influences se retrouvent dans mes textes, pour essayer le plus possible de me rapprocher de mes vérités, et ainsi poser les bons mots sur mon réel. Mon processus créatif varie d’un texte à l’autre : parfois je pars d’un postulat absurde et je tire le fil jusqu’au bout pour voir où ça peut nous mener, d’autre fois c’est un événement ou une "urgence" dans ma vie personnelle et je sens que j’ai besoin d’écrire un texte sur ce sujet, il m’arrive de trouver un jeu de mots que je juge intéressant, et de construire une histoire autour… J’essaye de varier pour essayer de (me) surprendre et surtout de ne pas m’ennuyer, parce que si je m’ennuie quand j’écris, voire si j’écris pour essayer de plaire aux autres, bref que je suis dans le calcul, je pense que ça se ressentira au moment de présenter mon texte en public. J’aime bien aller aux ateliers d’écriture, pas forcément pour avoir des nouvelles idées, mais surtout pour faire face à d’autres contraintes que celles que je m’impose, pour essayer d’enrichir la qualité de mes textes.


Je ne me mets plus dans des conditions particulières surtout depuis l’époque où j’avais deux heures de transports à tuer dans une journée : en général, je commençais un texte dans le métro et je pouvais finir au calme chez moi. Et malheureusement, en plus de pouvoir écrire dans le bruit, je peux écrire n’importe quand, ce qui fait que des fois je ne suis pas très concentré (rires)… parfois une situation de vie m’ennuie et dans ma tête je vais écrire. Ca m’est même arrivé de faire semblant de prendre des notes dans des réunions professionnelles, alors qu’en fait j’avançais sur des textes. Maintenant je pense que ce n’est pas la meilleure des options, et qu’il faut savoir se donner des limites dans l’exercice du travail, tout comme dans celle de sa passion.


Si tu as d'autres activités artistiques, le Slam a-t-il une place particulière dans ton processus créatif ?

A côté, j’ai écrit et autoédité en 2018 un roman culinaire "Macaron*, le président français qui est devenu comorien en 24 recettes" que j’ai réussi à financer grâce à un financement participatif, et dont je suis très fier parce que c’est le premier livre à avoir répertorié les recettes des Comores. Donc le fait d’écrire, d’avoir écrit une fiction, influence forcément mon écriture pour des textes de slam, puisque j’aime aussi utiliser cette tribune pour raconter des histoires avec un fil directeur.


Comment est la scène slam autour de chez toi ? La fréquentes-tu assidûment chez toi et aussi ailleurs ?


La scène slam en Ile-de-France est très active et on a la chance d’avoir plusieurs scène chaque mois. Je me rends tous les mois au Moulin à Café à Paris depuis 3 ans et j’essaye d’aller au Babel et à la scène Yves Robert quand j’ai le temps.


Que dirais-tu à quelqu'un qui cherche à découvrir la discipline pour lui donner envie ?


J’ai envie de lui dire quelques messages simples : déjà le slam c’est quand même un bel espace de liberté, et qu’il faut en profiter pour délivrer ses vérités. Je lui dirai qu’il va découvrir de beaux textes, d’artistes variés et talentueux dans une ambiance chaleureuse. Enfin si l’envie lui prend de dire un texte, d’être convaincu par ce qu’il raconte pour être convaincant, et surtout très égoïstement, de se faire plaisir dans un premier temps, ce sera le meilleur moyen pour que tout le monde passe un moment agréable.


Quelle est pour toi la place de la poésie dans la société ?


Vaste question, probablement quelque part entre partout et nulle part : dans l’édition, la part réservée aux livres de poésie est infinitésimale (moins de 0,5%) et en même temps on peut trouver de la poésie partout, et pas toujours pour de bonnes raisons, notamment dans la publicité. Je pense qu’elle ne sera jamais désuète, et qu’on a la chance d’avoir des tribunes comme les scènes slam pour la faire vivre.


Nadjad. Photo: Catel Tomo - Appelle-moi poésie! (C)


Nadjad


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