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[Plonger dans l’âme de...] Pauline Dupuy. Contrebrassens, entre une contrebasse et un géant

Mis à jour : mai 3


Contrebrassens - Pauline Dupuy (c)

C’est ce qu’on appelle un accueil unanime: “On aime passionnément” - Télérama, "Pauline Dupuy est devenue (...) l’une des plus grands interprètes de Brassens" - Nos Enchanteurs, "Le Brassens de Pauline coule comme de l'eau de source” - France Culture, "Un vrai cadeau musical” - Chants Songs... etc. Cela faisait donc un moment que je voulais parler avec Pauline Dupuy. Nous l’avons fait à l’occasion de son retour à Avignon pour le #Off19 où elle rejoue son solo au Théâtre des Lila’s. Entretien à savourer. Bravo Pauline et Bonne lecture à toutes et à tous!


Contrebrassens (le quartet). Photo: PEJ (c)

Bonjour Pauline. Tout a commencé par une contrebasse ?


Bonjour Philippe ! Non ! Tout a commencé avec une flûte à bec quand j'étais toute petite et puis l'envie de chanter des chansons aussi. La flûte à bec, c'est vraiment parce que j'étais petite, que j'avais envie de faire de la musique et que je n'avais que ça…


Vous étiez dans le Cantal à cette époque-là...


Tout à fait. Il n'y avait pas trop de choix pour faire de la musique, j'ai commencé à faire du violon adolescente, mais je n'aimais pas trop ça. Dès que j'ai eu l'opportunité, j'ai changé. Je voulais faire de la basse électrique, jouer dans un groupe de rock au lycée avec des amis. Une classe de contrebasse s'est ouverte à l'école de musique en face de la classe de violon, du coup j'y suis allée. J'étais hyper impressionnée par l'instrument. Quand j'ai commencé, je ne savais pas trop ce que j'allais en faire. Mais ça m'a plu tout de suite, donc j'ai arrêté le violon et je n'ai fait que ça. Et j'ai commencé très vite à faire de la chanson, jouer dans des groupes très différents et puis à suivre une formation classique, ça c'est ma base.


Vous ne pouviez pas faire de la musique sans chanter ?


Non, je ne chantais pas à l'époque. Enfin, si, mais en cachette. Pendant très très longtemps. Quand j'étais à la fac et au Conservatoire j'ai fait du choeur, j'ai eu pas mal de cours de chant, mais, pour moi, je chantais toute seule. J'ai commencé vraiment à chanter avec Contrebrassens.


D'accord. Vous accompagniez avant c'est ça ?


Oui, j'étais contrebassiste.


C'est donc Brassens qui vous a donné l'envie de montrer que vous chantiez à tout le monde ?

Contrebrassens. Photo: PEJ (c)

C'est ce projet très personnel dans lequel je chantais en m'accompagnant, dans une espèce de recherche d'unité de son, de vibration que j’ai eu envie de partager. Il ya un truc très physique avec la contrebasse et la voix. Et comme c'était très technique de faire tout ça en même temps, je n'ai pas pensé à ma voix, à ce que j'étais en train de faire, aux autres, je l'ai fait fait, c’est tout. Ca me demandait surtout d'être très concentrée ! C'est venu un peu par hasard.


La voix et la contrebasse, se sont effectivement collés jusque dans le titre: Contrebrassens !


C'est ça...


Vous ne faites plus qu'une avec votre contrebasse et Brassens et depuis un moment désormais...


La genèse de ce travail, c'était il y a 10 ans, quand j'ai commencé à chercher des arrangements. Il a fallu presque 3 ans avant les premiers concerts. J'étais toute seule au départ donc ça a pris vraiment du temps


Ce sont des spécialistes de Brassens qui vous l'ont fait découvrir....


Ils m'ont donné envie parce qu'ils connaissaient Brassens par cœur, ils chantaient plein de chansons que je ne connaissais pas. Je n'étais pas spécialement fan de Brassens avant. J'ai découvert les textes, la poésie, la musique... J'étais curieuse, c'est ce qui m'a fait essayer et quand j'ai eu ses mots dans ma bouche et dans mes mains avec la musique, ça a tout de suite marché. Quelque chose de fort se passait.


...qui vous amenait quelles émotions ? Qui vous faisait voir quelles images ? Qui vous faisait entendre quels sons? Qu'est-ce qui se passait ?


C'était plusieurs choses. C'était assez émotionnel et un peu impalpable, c'est Brassens, d'ailleurs. C'est son oeuvre... Son engagement donnait voix d'un seul coup à des choses que je pensais mais que je n'exprimais pas. C'est sur tous les plans en fait. Et puis effectivement les histoires qui ont des images très précises, qui sont bien développées, qui permettent vraiment de rentrer dans la chanson de raconter ses histoires avec toujours et la poésie, et l'humour et l'engagement...


Vous avez pu vous appuyer sur ces histoires?

Contrebrassens. Photo: PEJ (c)

Pour les raconter, oui. Mais ce ne sont pas toutes des histoires. Il y en a qui sont écrites en tableaux. En fait, le choix des chansons c'est fait autour du thème de la femme, parce que ce qui m'a intrigué, c'est qu'on dise que Brassens était misogyne, ce que je n'ai pas vu dans ses textes. J'ai chanté ses chansons pour l'entendre et comme je n'ai pas du tout trouvé ça, c'est ce que j'ai eu envie de raconter dans un spectacle. C'est ce qui a déterminé le choix des chansons. Je n'ai pas choisi spécialement les histoires, mais plus les choses qui permettaient d'une manière ou d'une autre de parler de la femme, de la féminité ou de l'exprimer.


Vous avez donc mis 3 ans pour construire le répertoire, le roder et commencer à tourner un peu?


Au départ, j'ai fait quelques chansons, j'étais très encouragée, j'ai dit allez Ok, j'essaie 10 chansons, 10 arrangements... Après mon premier concert où j'ai réussi à avoir une 12aine de chansons, c'était une première partie, j'ai dit : ouf ! C'était tellement difficile techniquement, ça demandait une telle concentration, j'avais l'impression d'être un funambule qui vient de traverser entre deux immeubles et qui n'est pas mort... Génial, je ne suis pas morte, mais plus jamais!Et puis en fin de compte, le temps a passé, j'ai continué à travailler, j'ai refait un concert un an après et voilà. Vraiment, j'aimais jouer ces chansons. Et au bout d'un moment, ça a fini par se roder et ça ne se voit plus maintenant. C'est ce qui est fou.


Vous parlez du sentiment d'être une funambule, le plaisir a pris le dessus sur le risque et la peur ?


Il y a un côté un peu jouissif dans la performance. Pourtant je ne suis pas du tout branchée technique, performance, compétition, pas du tout ! Mais c'est ce qui m'a permis de me jeter à l'eau et de me dépasser, de chanter, de raconter ces histoires en étant seule en scène alors que j'étais à l’époque bassiste accompagnatrice d'autres artistes, je n'avais pas du tout cette position-là.


C'est impressionnant cette métamorphose ! Bravo. Et un jour, vous êtes devenus deux...


Oui. Parce que le solo, c'est bien mais à deux, c'est mieux. C'est notre slogan avec Michael. Je l'ai rencontré en l'accompagnant sur sa musique pour enregistrer son disque et puis solo à côté de solo, on s'est dit : on pourrait trouver des dates ensemble. Je l'accompagnais, il m'accompagnait sur quelques chansons et de fil en aiguille... Voilà. On est devenu duo.


Contrebrassens (Michaël Wookey, Pauline Dupuy). Photo: Pierre-Alain Giraud (c)

Ce que vous faites est très beau. Et vous avez du coup commencé à tourner vraiment partout. Est-ce que le spectacle a évolué ? Que s'est-il passé à l'intérieur du spectacle ?


Ca a amené de la légèreté parce que Michael a de l'humour, il joue des instruments un peu insolites. En solo, il y avait un côté un peu solennel avec la contrebasse. Je ne parle pas beaucoup en plus. Il a donc amené de la légèreté dans le spectacle mais aussi dans la poésie elle-même. Il y a plus d'interactions, de délicatesse... et de minimalisme. Je me suis rendu compte récemment en me remémorant les derniers concerts qu'on n'a pas grand chose avec nous, on est que tous les deux sur un plateau nu avec quelques instruments et il n'y a pas deux chansons qui ont la même couleur d'arrangement c'est très varié...


Ca c'est dû au travail de préparation où vous avez pensé l'univers de chaque chanson ?

Contrebrassens (Michaël Wookey) Photo: PEJ (c)

On ne l'a pas vraiment pensé ça s'est fait tout seul, les musiques et les textes ont inspiré ça. Après, Michael il a ce génie-là de comprendre les choses “mine de rien”. On a l'impression qu'il ne fait pas grand chose et en fait ce “pas grand chose” est si bien fait, c'est juste la chose qu'il faut. C'est très fort de réussir ça.


Du coup, le spectacle s'est enrichi, il a pris plus de finesse... Là, ça fait 10 ans, comment abordez-vous Avignon ?


Je vais faire deux parenthèses. On est en duo depuis un petit moment, mais depuis deux ans, on est en quartet. On a rajouté deux cuivres, un trombone et un bugle (trompette),qui nous amènent un peu plus vers le jazz, et qui remplissent aussi un peu plus les arrangements, donc le spectacle est en duo ou en quartet selon les salles... et je vais à Avignon en solo!Je vais rejouer cette année le solo que je n'ai pas joué depuis plusieurs années. Je vais à Avignon seule.


Pour essayer de retrouver le vertige de l'équilibre ?


Exactement. Et j'ai envie d'arriver à garder la légèreté qu'on a à deux. Peut-être aussi l'énergie et l'intensité qu'on a à 4 et en même temps me reconnecter à ce qui était l'essence du spectacle et qui fait qu'il est ce qu'il est. Le vertige de l'équilibre, comme vous dites.


Vous avez répété d'une manière particulière?

J'essaie de retrouver les sensations de départ, les sons, la voix, la contrebasse en même temps, cette concentration très centrée et très intérieure dans le son et dans l'histoire


Mais la maîtrise que vous avez du répertoire qui du coup n'est plus du tout la même !


Oui. Effectivement ce qui amène une certaine souplesse...


Pour revenir à la parabole de l'équilibre, ça amène plus d'agilité...


Oui. J'espère ! Mais je le sens quand même dans le travail, je sens qu'il s'est passé du chemin. Si je pense à Avignon 2015 en solo et tout ce qu'on a fait depuis en 4 ans… le disque, les concerts, les rencontres, c’est énorme !


Le répertoire est le même?


Sensiblement, ça va être le répertoire du solo avec cette donnée de base: 10 chansons 10 arrangements. C'est ce qui fait un peu la richesse du programme. Je me suis permise dans les dernières chansons qu'on a arrangées avec les cuivres d’alléger les parties de contrebasse pour leur laisser plus de place donc celles ci je ne les jouerai pas. Je vais retrouver les chansons du départ.


La set list pourra évoluer en fonction des soirs peut-être, non ?


Je ne sais pas. J'aime bien savoir où je vais. Une ou deux chansons peuvent peut-être changer sinon j'aime bien le défi de se renouveler dans une chose fixe. Cette contrainte me convient. Il y a des gens qui préfèrent se surprendre tous les jours avec des choses extérieures, moi j'aime bien que ce soit plutôt fixe autour et de me surprendre à l'intérieur.


Quand on est sur un fil d'équilibriste, on ne peut pas changer le chemin...


C'est ça. J'aime bien avoir mon parcours.


Après, la manière de le regarder, de le vivre, de le faire peut changer à chaque fois...


C'est ce que j'aime bien. Par exemple avec cette set list qui ne bouge pas et plein de choses qui sont calées, je peux être vraiment à l'écoute de la salle et de moi-même. Je peux essayer de jouer avec ça pour être le plus en accord avec l'instant et ça franchement c'est vraiment un défi énorme. On a envie de se rassurer, de faire comme on a fait la veille, mais non, ça n'est pas possible.


Après Avignon, des choses particulières ?

Après Avignon, on a quand même pas mal de dates qui vont arriver qui seront parsemées dans la saison, j'espère justement compléter ces dates calées pour arriver à faire une belle tournée en espérant en avoir le maximum en quartet parce qu'on s'éclate bien ensemble !


Quartet ça rime avec fête...


...et avec Sète. Ca va être les 100 ans de la naissance de Brassens en 2021. J'aimerais bien y aller !


Propos recueillis par #PG9 (merci à Etienne Brouillet pour le rappel!) - Toute reproduction, même partielle, interdite sans autorisation


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