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[Plonger dans l'âme de...] Nathalie Infante. Observer, raconter, dessiner avec son âme d'enfant

Mis à jour : mai 3

Tomber sous le charme et partir en déambulations. Se souvenir de ses propres balades par toutes saisons de jour, de nuit à Paris. Traverser la France, arriver à Royan, traverser l'Atlantique débarquer à New York, toujours avec le même émerveillement, la même âme... d'Infante! Cet entretien vous propose de partir à la découverte d'un nouveau processus créatif autour d'histoires et de leurs illustrations, bref de livres, mais pas que. Parce qu'un dessin peut raconter quelque chose à lui tout seul. Bienvenue dans le monde doux, drôle et bienveillant de Nathalie Infante. Bon voyage


Paris par Nathalie Infante (c)

Enchanté Nathalie. Une question toute simple pour commencer... D'où vous vient cette manie de flâner (Paris, Royan, New-York bientôt...)? Vous flânez, vous observez le monde en faisant tout ce que vous faites ?

Enchantée Philippe. Je pense que c'est le goût de l'enfance. Le goût d'apprendre et la curiosité comme quand on est enfant. La première chose qu'on fait, c'est d'observer quand on vient au monde et je pense que je viens au monde tous les jours.

Chaque jour est une renaissance... et aussi une remise en question ?

La remise en question, c'est peut-être un peu beaucoup… Enfin, la remise en question est permanente tout au long de l'existence, avec des phases plus ou moins pointues, mais dans mon cas il s’agit plutôt d’un regard d'enfant. Pour vous donner un exemple, je peux prendre tous les jours le même chemin, en ville ou même à la campagne, et chaque jour je vais constater, remarquer, quelque chose de différent sur ce parcours. Chaque fois les choses sont nouvelles, parce que j'ai un regard vierge - j'essaie en tous cas-, ce qui me permet de conserver cet appétit de vivre.

Vous êtes née à Lyon ?

Oui. Je suis née, j'ai grandi à Lyon, j'y ai fait une grande partie de mes études, puis je suis venue à Paris pour poursuivre mes études.

Ce qui est assez surprenant, Lyon est une ville absolument magnifique où il fait bon se balader aussi... Pourquoi, dans vos dessins, n'en trouve-t-on pas la trace?

New-York par Nathalie Infante (c)

Forcément ce sont des dessins sur Paris... J'ai aussi travaillé sur une ville qui s'appelle Royan et on se retrouvait à Royan ! Je viens de faire un livre sur New-York, on retrouvera New-York. Et si je fais un livre sur Lyon, on retrouvera Lyon !

C'est en projet ?

Là, je n'ai pas de projet particulier. Je viens de terminer un livre, donc je ne sais pas encore. Je ne planifie pas, c'est en fonction des envies, de l'histoire... Mais j'ai aussi fait des dessins sur Lyon ! J'y retourne régulièrement, puisque toute ma famille est là-bas. Pour moi, c'est une ville avec du relief, il y a les collines de Fourvière, de la Croix-Rousse, les deux fleuves, les traboules… Et toute une ambiance, c'est une ville magnifique !

Vous avez fait des études là-bas. On peut connaître un peu votre parcours?

Oui, j'ai fait des études "techniques" au départ, un DUT d'analyste programmeur en informatique. Ensuite, je suis venue à Paris pour une maîtrise de communication. J'avais un enseignement qui était assez large, il y avait de l'histoire de l'art, de la photo, de la vidéo etc... J'ai atterri par le biais des hasards, des "chemins de la vie", dans une agence de publicité en stage. J'ai commencé à travailler aux côtés des Directeurs Artistiques. Et puis, j'ai fait mon chemin. J'ai été moi-même Directrice Artistique en agence de communication, j'ai travaillé ensuite en freelance et puis peu à peu cette activité a cédé le pas à une autre qui ne m'avait jamais quittée: dessiner et raconter des histoires. Tout en travaillant, et même pendant mes études, j'ai toujours eu cette passion pour la narration, sous la forme principalement du dessin mais aussi de l'écriture.

Vous dites que "depuis la lointaine époque où j'ai pu tenir un crayon, je ne l'ai plus lâché". Vous avez toujours un carnet avec vous?

Si je n'ai pas un carnet, j'ai toujours une feuille de papier et un crayon. J'ai toujours quelque chose ou en tous cas, pas loin sous la main, et puis après je retranscris. Il m'est arrivé, même sans avoir de crayon et de papier, d'aller en acheter ou de prendre une feuille, une serviette… Il faut que ça sorte à un moment donné.

C'est un besoin...

Oui. Quand je parle de tenir un crayon, c'est figuré. A un moment donné ou un autre, je note. Je suis toujours en action, que ce soit par la pensée ou vraiment physiquement en dessinant, en écrivant.

Vous dites qu'un dessin n'est pas uniquement là pour exister lui-même mais aussi pour raconter une histoire...

Tout dépend de ce qu'on entend par dessin et à quel stade il en est. Le dessin, c'est une technique. Après, il y a l'oeuvre qui lorsqu'elle est terminée pour moi n'est pas technique, sinon elle ne raconte rien, elle ne provoque aucune émotion. En tous cas, les dessins que j'expose sont des images qui véhiculent un ensemble d'émotions, voire une histoire qu'on peut se raconter, qui fait réagir. Pour moi, c'est une manière de communiquer avec les autres.

Comment naît un dessin ? Comment les choses se mettent-elles en forme ?

Les dessins partent de choses vues, entendues, imaginées... Ensuite il y a tout un processus comme quand on fait de la cuisine. Bien sûr, si je vous montre mes carnets, il y aura des dessins qui sont des premiers jets. Ceux qui sont dans l'expo représentent plusieurs heures de travail et trouvent leur origine dans plusieurs dessins préparatoires. Il y a des notes écrites, des photos, des croquis. Ensuite, il y a un premier dessin, puis un second… plusieurs, jusqu'à ce que j'obtienne le résultat escompté. C'est vraiment comparable à n'importe quel processus créatif, c'est à dire qu'il y a l'imagination, les idées, mais il y a aussi et surtout beaucoup de travail.

"Le résultat escompté", c'est à dire, l'émotion escomptée? Qu'est-ce qui fait qu'à un moment vous savez que le dessin est fini ?

Ca c'est une question qui prête à débat pour tous les artistes, je crois ! C'est... On le sait. Parce qu'il n'y a plus rien à rajouter, plus rien à retrancher.

Si on va plus loin que le dessin, on arrive à l'exposition, vous avez une manière particulière d'imaginer et de concevoir les expos ?


Je veux que ce soit comme une promenade. L'exposition, ce n'est pas simplement accrocher des dessins au mur, il y a une scénographie qui doit faire sens. L'ensemble de ces dessins raconte une petite histoire. Il y a une thématique autour des saisons, "5 saisons à Paris", la 5ème étant la nuit avec "la ville qui ne dort jamais". Après, on peut faire une exposition juste pour montrer son travail sans avoir de thématique particulière, mais en général, quand on expose il y a quand même une volonté de créer une unité, un parcours, un discours.

L'exposition que vous préparez ouvre le 25 octobre...

Elle ouvre au public le 25 octobre et durera jusqu'au 23 novembre.


Est-ce qu'elle revêt quelque chose de particulier pour vous celle-là ?

Oui, dans le sens où le sujet trouve sa place au cœur même de la ville qui l’a vu naître, puisque l’exposition se déroule à l'Hôtel de Ville de Paris. Donc oui, c'est quelque chose d'important et de réjouissant, puisque la ville qui a vu naître ces dessins les accueille. Je suis très contente.


C'est combien d'années de travail ? Ils représentent un parcours sur combien de temps ? Il y a plusieurs époques ou ils sont tous été faits en même temps ?


En fait, ils sont en partie issus de deux livres que j'ai publiés : un album qui s'appelle "A Paris", paru en 2017 (Editions Marie-Louise), et un autre paru en 2018 qui s'appelle "A Paris tous les chats sont gris" (Editions Parigramme). C’est difficile de dire combien de temps. Je peux passer 4 jours, une semaine... sur un dessin. Parfois, je laisse de côté puis je reviens sur l’image. Donc je peux passer encore plus de temps si je la laisse maturer. Dans le cas de l’album "A Paris tous les chats sont gris", j'ai repris certains dessins que j’ai réinterprétés, réadaptés pour l’exposition.



Parallèlement à ces expositions, vous écrivez des livres, des albums qui racontent vraiment des histoires...

Pour les enfants. Pas pour les adultes. Ce sont plus des poésies en fait.

Qu'est-ce que vous entendez par là ?

Parce que c'est un format court, les albums pour enfants, et que j’écris des textes en rimes, donc c'est un peu chanté. C'est quand même de la littérature, mais pour la jeunesse.

Est-ce que vous avez une manière de travailler particulière et différente des expositions des dessins eux-mêmes pour faire naître un album, par exemple une histoire de Moussy ?

Là, c'est un peu comme ce que j’expliquais précédemment, il n'y a pas que les images, il y a la narration. Le texte vient avant l'image, c'est clair. Je peux avoir un support pour créer le personnage et le dessiner tout en ayant la trame de l'histoire en tête, mais je ne vais pas commencer les dessins sans avoir écrit le texte. J'écris d'abord tout le texte, avant de passer à l'illustration.


Toute l'histoire est écrite d'abord et après vous ponctuez d'illustrations ?


En fait, j’agis comme lorsque je travaille avec d'autres auteurs où le texte est écrit avant que les dessins ne se fassent, même si on en a parlé avant.


Vous illustrez vos propres textes, vos propres œuvres, mais aussi celles des autres. Vous avez une préférence ?


J'aime aussi bien l'un que l'autre. A partir du moment où j'entre en résonance avec l'histoire qu'on me propose, c'est un plaisir. Lorsque c'est mon histoire, c'est différent dans la mesure où je vais écrire moi-même le texte avant d’illustrer, mais il y a quand même des aller-retour entre image et écrit. L'auteur peut modifier un peu son texte en fonction de l'illustration, parce qu'en cours de route on va se rendre compte que… le manteau du personnage ce ne sera pas tout à fait ça… que sais-je ! (rires). Il faut bien s'entendre avec l'auteur, partager et/ou adhérer à son univers.


Est-ce que Nathalie Infante illustratrice s'entend bien avec Nathalie Infante, auteure ?

Oui. Ca va. Il n'y a pas de schizophrénie (rires).


C'est un choix, la littérature enfant, ou vous imaginez plus tard aller un peu vers le monde adulte ?


La question ne se pose pas, on ne choisit pas, on est portés vers. Comme, ce n'est pas un travail de commande, je ne vais pas me dire : "Tiens, je vais écrire...". Ecrire un roman c'est encore autre chose. Déjà quand on illustre un album, un gros album comme je viens de le faire, c'est des mois et des mois de boulot, on s'enferme. Donc, écrire un roman, parfois c'est deux ans de travail, je n'en suis pas là. Je n'en éprouve pas le besoin en tous cas.


Comment imaginez vous vos différents personnages ? Comment les créez-vous ? D'où viennent-ils ? Il y a Moussy, la souris, il y a les fourmis...

Il y en a tout un tas... On parlait d'observation en début de discussion, voilà, c'est de l'observation. Et puis ensuite, il y a l'imagination. Je peux "divaguer" très rapidement : je vois un oiseau et je peux inventer une histoire derrière, c'est un peu ça. Il y a aussi un peu de moi, de mon histoire. On met beaucoup de soi derrière, mais heureusement on transpose, c'est l'avantage des animaux. Tout le monde peut s'identifier parce qu'il n'y a pas d'identification particulière: aucun humain ne ressemble à une fourmi ou à une souris, mais beaucoup de gens, même des adultes que j'ai rencontrés, hommes ou femmes, de tous âges, se sont retrouvés dans le personnage de Moussy, la souris, par exemple. Il y a un peu de soi et puis un peu de "délire": on s'imagine que les souris parlent, qu'elles font de la couture... C'est drôle ! Moi, je m'amuse ! C'est du jeu et je suis portée par ça. L'imagination, c'est le jeu. Donc, pour reboucler avec ce qu'on disait au début, on garde une âme d'enfant. Il faut conserver cette capacité d'émerveillement, même si on s'énerve et qu’on doit faire face au réel tous les jours. Au quotidien, la banque, les courses... Il faut garder cette part de légéreté à côté, qui est une bulle d'oxygène.

D'ailleurs, pour revenir à votre propre enfance, vous avez commencé à écrire des histoires et à les dessiner très très tôt. Vous faisiez vous-même vos petits bouquins toute seule ?


Oui. J'en ai un là encore. Quand je dis "dès que j'ai su tenir un crayon", je veux dire que je dessinais, comme tous les enfants, mais je voulais raconter des histoires et les écrire. Mon plus grand plaisir a été d'apprendre à lire et à écrire. Le "bouquin" dont je parle, j'avais 8 ans lorsque je l’ai réalisé : il fait 4 ou 8 pages, relié avec une agrafe simplement, avec une couverture en carton et un papier différent pour les pages intérieures. Je pense que, déjà, j'étais marquée par le côté "j'ai envie de faire des livres". Les livres c'est important pour moi.


Le livre est venu comme ça ou c'est un peu de famille ?


Je viens d'un milieu où on n'avait pas de bibliothèque à la maison, on allait à la bibliothèque municipale, mais "le livre" était sacré. Je n'était pas dans un milieu favorisé par la culture, mais c'était un milieu où on était quand même très curieux et cultivés grâce aux bibliothèques. Et j'avais une maman qui aimait lire.


Dans vos ouvrages, ce que vous dites, c'est que vous aimez bien que l'histoire se termine bien et qu'il y ait un message à la fin...


Oui. Je veux que ça ne soit pas juste une histoire qu'on oublie. J'aime bien qu'il y ait une "morale", que ce soit une histoire où on puisse se reconnaître finalement. Si on prend, l'histoire de Moussy, la petite souris, elle n'est pas comme les autres, elle a du mal à s'intégrer, elle est rejetée. Mais cette différence sera sa force et elle arrivera néanmoins à se faire accepter par les autres. Et ça n'est même pas le problème, l’important c'est qu'elle s'accepte telle qu'elle est, qu'elle arrive à croire en ses rêves…


Ce sera la conclusion et c'est très beau. Merci !


Merci à Laurence Van Gysel pour la mise en contact. Propos recueilis par #PG9


Paris par Nathalie Infante (c)

Le site de Nathalie Infante:

www.nathalieinfante.com


Nathalie Infante autour de son nouveau livre sur New-York!



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