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[Pourquoi Slamez-vous?] Coupe de la Ligue Slam 2019: NicoLas, Nantes

Slameuse/ Slameur: NicoLas (Co-coach) Equipe de: Nantes



Pourquoi Slamez-vous?

Enquête auprès des slameurs sélectionnés pour la Coupe de la Ligue Slam de France 2019 www.ligueslamdefrance.fr



Bonjour Nicolas! On va commencer par le début, s'il te plaît... Comment as-tu rencontré le Slam ?


Bonjour Philippe. J'ai rencontré le slam je pense comme plein de gens, c'est à dire complètement par hasard. C’était lors d'une soirée nantaise avec des amis, on sortait juste boire un verre au bar “L’Art Scène”. C'était une soirée qui à l'époque était animée par Monsieur Mouch et dès notre arrivée on nous annonce : “vous n'êtes peut-être pas au courant mais ce soir il y a une scène slam”. “Ok pourquoi pas”... On a décidé de rester et c'est comme ça que je me suis pris la claque slam dans la figure: entendre plein de gens qui passent sur scène pour raconter plein de choses diverses et variées. Là j'ai eu un déclic, je me suis dit, pourquoi pas moi. Ça faisait déjà un petit moment que j’écrivais dans mon coin, juste des petites histoires, mon petit mal-être et mes petits problèmes de cœur. En les voyant je me suis dit “mais ça a l'air de leur faire du bien”... et si moi aussi je tentais l’expérience ? Et c'est comme ça que le mois suivant, je me suis rendu dans ce même bar, tout seul cette fois, pour participer à une scène...


Tout seul?

NicoLas. Photo: Vincent Juste Vincent (c)

Parce qu'à ce moment-là, dans mon entourage, personne ne savait vraiment que j'écrivais, c'était quelque chose d'assez intime, de personnel. Et puis le problème quand tu montes sur une scène, c'est que tu es obligé de te confronter au regard des autres. Il y a des jugements qui sont peut-être plus difficiles à accepter et je trouve ça plus facile d’encaisser le celui d'inconnus plutôt que de mes propres amis. Au tout début, c'était quelque chose d’égoïste que je ne voulais pas forcément partager avec mes proches.


C'était secret...


C'était un peu secret exactement.


Comme ton cahier alors ?


A l'époque, oui. J'écrivais de façon manuscrite. J'avais un bloc note et j'écrivais dedans, bien sûr j’étais obligé de remettre au propre, car au début je ne connaissais pas mes textes par cœur donc je montais avec ma feuille volante retapée pour l'occasion en très gros caractères - parce que quand tu montes sur une scène pour une première tu es tout tremblotant... Sinon, à la base, oui j'écris sur un bloc note format A4 petit carreau sans marge, ce qu'il y a de plus standard...


Ce premier slam... Quel souvenir en gardes-tu ?


Ecoute, j'ai envie de te dire que j'en garde un excellent souvenir puisque suite à ce premier slam, il y en a un deuxième et un troisième... et puis un 4ème. Et puis on en est à 8 ans. Donc c'est que c'était un très très bon souvenir.


Mais tu t'en souviens particulièrement ? Est-ce que quelque chose t'a frappé?

NicoLas. Photos: Ateliers Slam, Reims (c)

Evidemment que je m'en souviens! Il faut savoir qu'à la base, j'étais quelqu'un d'assez introverti, de timide... La prise de parole en public, ça n'était pas quelque chose d’inné, c'était plutôt quelque chose qui m'effrayait beaucoup, donc c'était un vrai challenge de monter sur une scène, c’est pourquoi ce premier passage, je m'en souviendrai je pense toute ma vie. Au moment où je m'inscris, tout va bien, et puis on t'appelle sur scène, et là dans ma tête se passent tout plein de chose: « je n'aurais jamais dû faire ça ! » « Pourquoi je me suis inscrit ? » « Pourquoi je suis venu ? ». C'était presque kamikaze par rapport à la personne que j'étais, mais c'était une façon de me faire violence, c'était du coup une vraie douleur de monter sur scène à ce jour-là. J'allais à l'encontre de tout ce que j'étais, donc je ne peux que m'en souvenir. Et puis, je monte sur scène, je prends mon courage et ma feuille à deux mains et je lis mon texte. Honnêtement, je ne me souviens pas vraiment de ma prestation, je l'ai un peu occultée. Cétait la première fois donc je ne devais pas être très bon, mais peu importe, c'était pas ça le but. Le but, c'était de passer un cap. Par contre une fois fini, le public applaudit, les gens te regardent descendre, te mettent la main sur l'épaule en disant que “c'était bien”, tout l'entourage est très rassurant finalement et c'est un entourage d'inconnus, c'est très particulier comme sensation, donc forcément, je ne peux que m'en rappeler.

Donc c'était il y a 8 ans...

Oui, environ. Honnêtement, je ne tiens pas les calculs, mais ça fait à peu près ça, peut-être un peu plus.

Depuis, tu écris régulièrement, massivement... ou ça reste épisodique ? Comment ça se passe pour l'écriture elle-même ?

J'ai une écriture plutôt épisodique. J'ai un travail qui me prend énormément de temps et donc j'en ai finalement très peu à consacrer véritablement à l'écriture et à la création. J'écris quand je peux, donc ça reste épisodique. Par contre, quand j'écris, c'est généralement massivement. C'est rare, mais efficace. Je peux écrire un texte en une soirée par exemple. Le plus long étant de trouver quelque chose à dire, la première idée, le premier jeu de mots qui va donner un fil à tirer et après je suis capable de tricoter très rapidement l'intégralité du texte.


Quand tu tires sur le fil pour trouver ton texte, ça vient de l'imagination, de la réflexion, ça vient de choses que tu as accumulées... ? Comment réussis tu à développer - facilement apparemment ?


Ça peut venir de partout. L'imagination, évidemment, mais mon imagination est forcément nourrie de ce que je peux voir au cinéma, j’aimerais dire de mes lectures mais je ne lis quasiment pas... de la télé, des gens que je croise dans la rue, de mes voyages... De tout ce que je peux voir ou entendre. Je me nourris vraiment de tout ce qui m'entoure au final. Après, j'ai un imaginaire assez développé donc je regroupe tout ce qui passe autour, réel ou fictif, et puis je brode, ou pas d'ailleurs car il y a souvent une part de vérité dans ce que j'écris ou des situations qui me sont vraiment arrivées à moi ou à des proches... J'entremêle fiction et réalité dans mes textes.


Est-ce que tu as une activité artistique autre à côté ?


Non, absolument pas, je n’ai absolument rien, je n'ai jamais rien fait d'autre d'artistique, je n’ai jamais pensé que cela soit possible, problème d’imagination, de confiance en soi, d’éducation, surement un peu des trois. J’ai une guitare mais je ne fais pas de musique, j’ai des rideaux mais ne fais pas de théâtre, j’ai des feutres mais je ne dessine pas…je ne fais absolument rien d’autre. Il y a 8 ans, j'ai découvert le slam, ça a été une vraie découverte et je m’en satisfais.


Ca a ouvert un vrai pan de possibles pour toi ? Un vrai univers ?


Ça m'a clairement ouvert un univers, un vrai terrain des possibles, une aire de jeu, ça m'a permis de m'affranchir d'une grande partie de mes complexes et de mes problèmes de sociabilisation. En me mettant à écrire, à monter sur scène, ça a déclenché plein de choses et ça a soigné plein de petits soucis, ce qui fait qu'aujourd'hui, je suis quelqu'un de vraiment épanoui.


Comment parlerais-tu de la scène slam à Nantes, maintenant que tu la connais très bien?


Etant Nantais, je devrais dire qu'elle est la meilleure. D’expérience, je vis sur ces scènes, avec ces scènes, autour de ces scènes alors oui, je confirme: c'est la meilleure.


Tu en as la preuve!


Forcement que non. Mais, sans rigoler, il y a énormément de belles scènes en France, on ne peut pas, on ne doit pas juger la qualité des scènes car on n'est pas dans le jugement à la base, ça n'est pas ça le but et ce n’est pas ça qui est intéressant dans le slam. Par contre, ce que je peux en dire sans la juger, c'est qu'elle est riche. On a cette chance d'avoir beaucoup de scènes. Actuellement, je crois qu'il y en a 4 mensuelles, ce qui est juste énorme par rapport à partout ailleurs, et on a une vraie richesse de slameuses et de slameurs qui répondent toujours présent, dans des styles différents, des univers différents, ça c'est vraiment top. On a vraiment la chance d'avoir des slameurs engagés, des slameurs drôles, des novices, des confirmés, des petits, des grands et mêment des moyens... Ce qui fait toute la richesse et la force du slam nantais aujourd'hui, c'est cette diversité.


Vous vous côtoyez beaucoup ?


Oui, comme je disais il y a 4 scènes par mois et même jusqu'à il n'y a pas longtemps, il y en avait même 5. On est 4 assos sur Nantes ; il y a nous, “les Lapins à Plumes”, “Slam Poetry” avec Flo, “d'Encre et de lumière” avec Patricio, il y a l'asso de Iokanaan, « La dernière Asso ». A la base, on était tous des slameurs lambda et aujourd'hui, on ne fait toujours qu'un. On a juste des structures différentes mais nous allons tous dans le même sens. On est là pour mettre en avant la liberté d'expression, on défend un espace libre pour ceux qui ont besoin de parler et de s'exprimer. On est tous des copains, c'est surtout ça qui est important, et on se retrouve chacun sur les scènes des autres, on est une vraie famille en fait, tout simplement.


Que dirais-tu, juste pour conclure à quelqu'un qui veut découvrir le slam ?


Je pense que je lui dirais, “viens”, pas besoin de faire un grand discours pour motiver quelqu'un à venir à une scène, il suffit de venir une fois ! C'est peut-être bizarre de dire ça, mais en général, par expérience, les gens qui viennent une fois, reviennent toujours...On pourrait en faire des statistiques je pense qu’elles seraient impressionnantes. La meilleure façon de convaincre quelqu'un, c'est de la forcer à faire le premier pas, par le mensonge, la corruption, l’intimidation, le chantage... Je suis quasi assuré que 90% des gens qui sont venus sont forcément revenus et quand ils reviennent, c'est toujours avec des amis et ça c'est génial.


Ils reviennent toujours avec des amis ou avec un texte ?


Ils commencent en général à revenir avec des amis. C'est la première étape. Ils ont envie de faire découvrir. La plupart des gens qui viennent, souvent, arrivent avec une sorte de préjugé, ils ont une idée reçue de ce qu'est le slam. Mais à la fin d’une scène slam, quand tu retournes les voir, “alors, vous avez aimé ?” 10 fois sur 10 on te répond : “je ne voyais pas ça comme ça” et ça c'est génial. C'est ce qui fait la difficulté de rendre populaire les scènes slam, c'est que beaucoup trop de gens se trompent fortement sur ce que c’est. Le but, c'est d'arriver à leur montrer qu'il ne faut pas rester sur une idée, qu'il faut venir le découvrir et en général, après, ils reconnaissent être passés à côté de quelque chose. Dans un 2ème temps, pas tous parce que c'est quand même difficile de monter sur scène, ce n’est pas donné à tout le monde, mais ça se travaille et il faut en avoir envie, il y en a quand même beaucoup qui franchissent le pas au bout de quelques mois...


Merci beaucoup.


Un grand merci à la Ligue Slam de France, à toute l’équipe de Nantes, notamment bien sûr à Nicolas pour sa disponibilité... Propos recueillis par #PG9


L'équipe (élargie) de Nantes 2019 sur la route pour le round de qualification...


Tous les portraits sont regroupés ici:

Pourquoi slamez-vous?




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