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[Pourquoi Slamez-vous?] Coupe de la Ligue Slam 2019: Dame Sylvie, Lille

Slameuse/ Slameur: Dame Sylvie

Equipe de: Lille


Dame Sylvie. Photo: Eden - Charleroi (c)


Pourquoi Slamez-vous?

Enquête auprès des slameurs sélectionnés pour la Coupe de la Ligue Slam de France 2019 www.ligueslamdefrance.fr



Bonjour Sylvie! Comment as-tu rencontré le slam ?


Bonjour Philippe. La première fois que j'ai rencontré le slam, c'est avec “On a slamé sur la lune”, c'était une Cie de slam qui travaille beaucoup sur l'Afrique. Ils faisaient des scènes slam au théâtre, j'allais là-bas et aussi avec la Cie de l'Imaginaire. J'ai commencé aux environs de l'année 2003.


A Lille ?


Oui.


Tu es arrivée comme ça par hasard ?


Pas vraiment... J'anime des ateliers d’écriture moi-même depuis longtemps. J'ai commencé l’alphabétisation en 1991 et je faisais partie des “oulipiens”, comme “Ouvroir de Littérature Potentielle”, ce qu'on appelle l'Oulipo. Les gens de ce mouvement venaient animer des ateliers dans mes formations au sein du CUEEP. C'est comme ça que je suis arrivée, je suis allée dans leurs ateliers d'écriture après. Forcément, pour animer, il faut aussi de temps en temps écrire soi-même.


Tu es vraiment dans l'envie de jouer avec les mots, de travailler sur les mots ?

Voilà. Après, je suis arrivée au slam parce que je trouvais que c'était plus parlant, plus vivant que l’Oulipo. Le slam, ce sont des textes qui parlent de soi, du travail... Ce qui m'intéressait, c’est que c'était plus populaire entre guillemets: tout le monde peut écrire. L'Oulipo, même si c'est intéressant parce qu'il y a des exercices enrichissants, c'est quand même très “intello”.


As une idée d'où te vient l'intérêt pour la littérature, pour les mots ?


Ca doit remonter en 5ème et 4ème. J'ai eu des profs de français qui étaient supers. Avant eux, je n'étais pas bonne en français ! Mais ils ont réussi à m’en donner le goût et puis après à partir du lycée, j'ai commencé à lire Raymond Queneau et d’autres, donc du coup, et j’ai eu envie de faire des ateliers d'écriture.


Quand tu dis qu'ils étaient bien, ça tenait à quoi ? A leur rapport à vous ?


Le rapport et leur méthode de travail, qui était différente des autres profs. Ils étaient pas dans la transmission. Ils étaient plus dans le partage, dans le “faire avec nous” et vice versa. Ensemble donc.


Du coup tu t'es mise à lire à ce moment-là et à écrire aussi ?


J'écrivais un petit peu, j'avais un petit journal personnel, mais le problème, c'était surtout de lire. Parce que quand tu viens d'un milieu ouvrier, il n'y pas tellement de livres, ça coûte trop cher. Tu fais toi-même ton apprentissage. En plus, il n'y avait pas de bibliothèque dans ma petite ville...


C'est un peu comme si tu avais eu envie d'écrire toi-même tes propres histoires ?


Voilà. Et puis, j’ai eu envie que les autres écrivent aussi, envie de montrer qu'on était tous capables d'écrire et de lire des choses.


C'est pour ça que tu t'es mise à animer des ateliers d'écriture après ?


C'est ça.


C'est très beau. Cette démarche.

Dame Sylvie. Photo: Simon Gastout (c)

Mais en fait en même temps, je pense que ça vient même de plus longtemps. Parce que, quand j'étais à l'école primaire à l'école des filles, il n'y avait pas de garçons, quand tu travaillais mal on te faisait te promener avec une pancarte “je suis un âne” et je trouvais ça incroyablement choquant. Comment veux tu que les gens avancent après? Pour moi, c'était humiliant, j'estimais que ça n'était pas ainsi qu'on devait faire. Voilà comment j suis arrivée à faire écrire les autres aussi, parce que je trouvais que c'était une meilleure manière de faire... J'étais petite, mais j'étais choquée en fait.


Et du coup on fait la boucle directement avec le slam, parce que le slam, c'est tout sauf ça...


Exactement. Le slam, c’est plus valoriser la personne, faire comprendre, c'est le partage, l'écoute... Depuis que je fais du slam, partout, sur toutes les scènes slam avec ou sans notes, il y a tellement une bonne écoute, une bonne ambiance... Ca fait du bien.


Du coup, tu animes toi-même parfois des scènes slam ?


Oui, je l'anime souvent avec Ndrix ou Fidel quand on est au “Musical”.


On va revenir sur l'écriture. Comment écris-tu ? As-tu une technique particulière?


Le plus souvent, j'écris quand il y a un thème parce que à vrai dire, je ne prends pas trop le temps. Sinon, ça peut m'arriver dans le bus, j'ai une idée, un truc qui m'a pas plu ou quoi et je commence à écrire...


Sur ton téléphone, sur un carnet ?


Sur un carnet parce que mon téléphone c'est un téléphone à touche alors je vais mettre du temps! J'écris toujours sur papier pour l'instant, après je retape sur ordi.


D'après ce que tu viens de dire c'est plutôt en réaction à des choses qui te choquent?

Dame Sylvie. Photo: Daniel Gandanger (c)

Souvent oui. Ou bien des choses qui me passent par la tête, après il y a des choses plus poétiques, souvent je vois des choses, je cogite et puis après j'écris.


Il y a des choses particulières qui t'inspirent ?


En ce moment, je suis tellement fatiguée que je n’écris pas beaucoup... Sinon, c’est sur tout ce qui est précarité, la rue tout ça. Des sujets qui ne sont pas très poétiques. Enfin, ça peut l'être, mais c'est quand même des choses qui me marquent. On m'appelle “la militante du slam”, je n'aime pas trop l’expression, mais c'est comme ça qu'on m'appelle. Et je n'en ai pas honte...


Est-ce que tu vas animer des scènes slam dans des lieux particuliers dans cette optique-là ?

Oui. Les associations m'appellent pour animer des scènes. Dernièrement, j'ai animé une scène à l'association marocaine des droits humains, l'année dernière c'était les réfugiés... Ils connaissent mes centres d'intérêt ! Dernièrement, aux rencontres nationales du front uni de l'immigration et des quartiers populaires, j'ai animé une scène slam sur la colonisation etc.


Tu parlais du monde ouvrier, même si c'est compliqué le monde ouvrier aujourd'hui, animes-tu des scènes dans cet environnement?

Dame Sylvie. Photo: NDrix (c)

En fait, là où j'anime il y a un peu de tout, mais particulièrement ouvrier, non. J'aimerais bien par contre, mais, là, ils ont tellement de choses à revendiquer, les ateliers d'écriture ça va pas être leur priorité pour l'instant. Mais c'est vrai qu'aux ronds points des gilets jaunes, si j'avais le temps, j'aimerais bien pouvoir faire écrire ce qu'ils disent quoi. Je pense qu'il y a déjà des gens qui le font. François Ruffin a fait un film dessus. Je pense qu’ils ont des choses à dire, mais les écrire, ça pourrait être pas mal aussi.


Quel est ton métier stp ?


Je suis formatrice illettrisme alphabétisation français langue étrangère et remise à niveau en français et un peu de mathématiques, mais surtout en français. En fait, mon travail, c'est d'apprendre à lire et à écrire aux gens.


C'est très cohérent tout ça ! Pour conclure que dirais-tu à quelqu'un qui a envie de découvrir le slam ? Comment en parlerais-tu ?


Je dirais que c'est un bel endroit pour découvrir la poésie, pour partager des idées, et puis pour voir, rencontrer toute sorte de personnes. C'est à dire qu'au slam il y a un vrai mélange de classes d'âge, de classes sociales... Et puis une belle interaction entre les gens. Ce sont vraiment de beaux moments de partage et d'humanité avec la poésie en plus !


Un grand merci à la Ligue Slam de France, à toute l’équipe de Lille, notamment bien sûr à Sylvie pour sa disponibilité... Propos recueillis par #PG9


Dame Sylvie. Photo: Gérard Adam (c)


Tous les portraits sont regroupés ici:

Pourquoi slamez-vous?




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