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[Pourquoi Slamez-vous? 2020] Marnie, Vernou

Slameuse/ Slameur: Marnie

Equipe de: Vernou

Pourquoi Slamez-vous?

Enquête auprès des poètes sélectionné-e-s pour la Coupe de la Ligue Slam de France 2020

www.ligueslamdefrance.fr


Photo: Romain Boulmé (C)

Comment as-tu rencontré le slam? Te souviens-tu de la première scène à laquelle tu as assisté, puis participé (et donc de ton premier texte)?


J'ai découvert le slam l'été dernier, c'est donc tout récent pour moi ! J'ai toujours écrit : poèmes, chansons, journaux, travaux d'étude, lettres de motivation... avec un grand plaisir, mais je n'avais pas encore eu l'occasion de rencontrer le slam. C'est en assistant à une scène slam lors d'un festival à côté de chez moi en Août dernier que j'ai rencontré Suerte et LordMykeJam, les deux fervents animateurs de scène de mon département ! Je peux alors parler d'un coup de foudre, artistique et humain, quasi immédiat. Ce sont eux qui m'ont immédiatement encouragée à arpenter les scènes slam, ce que j'ai commencé à faire une dizaine de jours après ! J'ai écrit pour l'occasion un texte que j'ai titré "Ose ta vie", illustrant cette période particulière où je faisais des choix de vie décisifs. Ce premier slam a été mon mantra. Il a également marqué l'instant où j'ai osé, pour la première fois, donner vie à un de mes textes sur scène.


Comment écris-tu tes textes? Qu'est-ce qui t'inspire? Aimes tu te mettre dans des conditions particulières pour écrire?


J'aime diversifier ma façon d'aborder l'écriture. J'écris donc de différentes façons, soit en partant d'une phrase qui me trotte en tête, soit en développant une thématique, en m'appuyant sur un événement de vie ou encore en écoutant un morceau et en laissant venir les phrases de façon automatique, avant d'en retravailler le texte. Je peux aussi me donner des contraintes de thème, de structure ou d'organisation. Durant le confinement, par exemple, j'ai proposé à des amis de me donner chacun 5 mots ou plus, à partir desquels j'ai écrit des poèmes... Tout est bon pour lancer l'imaginaire, tant que j'ai du temps devant moi et du silence autour ! C'est la raison pour laquelle j'écris exclusivement chez moi, le plus souvent en début d'après-midi pour avoir le temps de ne pas le voir passer... Dans les périodes où mon emploi du temps est très chargé, j'écris plutôt le soir, dans une ambiance plus feutrée. Je remarque que j'aborde alors des thématiques plus intimes... L'atmosphère s'y prête !


Si tu as d'autres activités artistiques, le Slam a-t-il une place particulière dans ton processus créatif?


Je suis comédienne depuis une quinzaine d'années. Je dois donc avouer que le théâtre est mon art de prédilection. Cependant, bien qu'ayant écrit une ou deux pièces de théâtre pour des ateliers, je n'avais jamais osé défendre moi-même sur scène l'un de mes textes. J'ai eu une vraie révélation en ce sens, le slam me donnant envie d'ouvrir des élans créatifs nouveaux dans une discipline que je pratique avec habitude. J'y ai également redécouvert le plaisir de déclamer et de lire, avec intention mais sans personnage. Épurer la performance pour lui donner de la force, tout en utilisant la technique théâtrale pour soutenir le propos... Je travaille de plus en plus à lier ces deux disciplines en écrivant des textes avec davantage de mouvements vecteurs de jeu, en ajoutant des interpellations, interjections, qui rythment la performance scénique. Je suis curieuse, je cherche, je tâtonne, je suis en pleine expérimentation !


Comment est la scène slam autour de chez toi? La fréquentes-tu assidûment chez toi et aussi ailleurs?

Photo: Romain Boulmé (C)

Je fréquente deux scènes slam autour de chez moi : Le Panorama et La Smala Slam. Je participe à chacune de leur scène depuis Septembre, on peut dire que je suis une slameuse fidèle ! J'aime la diversité de ces scènes, qui fonctionnent différemment et dans lesquelles je vis le slam de plusieurs façons. Le Panorama fait appel aux codes du Slam de Poésie avec un jury, un temps limité, l'absence d'instruments... Tandis que la scène de La Smala est une scène totalement libre et ouverte, dans laquelle ces codes sont très largement assouplis. Cela me donne l'occasion d'expérimenter, de tester des textes un peu longs avant de les retravailler, de partager la lecture de textes d'auteurs que j'aime, de tester des projets de Spoken Word, d'inviter des amis musiciens... Il s'agit de deux façons différentes de vivre le slam, qui se nourrissent l'une l'autre. J'ai également eu la chance, depuis ces quelques mois de découverte, de participer à deux événements réunissant des slameurs de la France entière : les Joutes Poétiques de Granville et le festival Mokikoz à Champagne-sur-Seine. Ces deux rencontres fortes en échanges m'ont permis de découvrir la variété des textes et thématiques abordées, la singularité des interprétations, d'ouvrir ma vision du slam, de renforcer ma plume et d'expérimenter la diversité de la scène slam. J'ai hâte de parcourir les scènes slam françaises pour toujours plus de découvertes !


Que dirais-tu à quelqu'un qui cherche à découvrir la discipline pour lui donner envie?


Je lui dirais, comme je me suis dit : Ose ! Puis je partagerais ma courte expérience en disant que je ne me suis jamais sentie aussi libre sur scène qu'en faisant du slam, parce j'y dis haut et fort CE QUE JE VEUX, et que mes mots y sont entendus. Cette liberté-là en public, et cette écoute attentive font un bien fou humainement ! J'ajouterais que l'on a tous quelque chose à dire et à partager, et que les murs de peur et de manque de confiance s'effondrent vite lorsqu'on sent que nos mots sont reçus. Je poursuivrais, encore, en disant que les rencontres que l'on fait dans le milieu du slam sont pleines de sens, de partages, de simplicité et de convivialité. Que cette évidence naît sans doute en partie du fait qu'on partage sur scène des poèmes du fond de nos tripes, des recoins tordus de nos cerveaux, de nos expériences à la fois singulières et universelles, et que tout cela appelle une bienveillance qui se vérifie au fur et à mesure de ma fréquentation du milieu. Je compléterais en disant que c'est une discipline à vivre, à embrasser, qui extériorise, libère, interroge, émeut, bouscule et assume. Enfin, pour conclure, je dirais: "viens, on t 'accueille !"


Quelle est pour toi la place de la poésie dans la société?


Ce qui m'interpelle dans la poésie, c'est le décalage du regard, qui témoigne d'une profonde liberté de penser et… de rêver. Elle est la trace d'une pensée singulière qui se construit et qui lutte au sein du grand lissage induit par le "prêt à penser" médiatico-éducatif ambiant. En cela, la poésie est un outil nécessaire d'expression de la Liberté. La société de consommation amène à aplanir les désirs, les envies et les personnalités en les orientant. Dire non, décider de faire autrement, penser à contre-courant et oser l'exprimer est à la fois difficile, voire douloureux, mais une absolue nécessité pour être libre de ses choix et expérimenter l'humanité dans toute sa diversité. Éducatrice de formation, j'ai tendance à penser que la poésie, c'est dire à un môme : "tu as le droit de ne pas être d'accord". Car c'est à partir de là que sa pensée se construit, qu'il devient authentique, inventif, et qu'il peut s'autoriser à rêver et à agir plus grand et plus loin, car c'est dans la diversité, le désaccord et l'accueil de la différence qu'on s'éduque et qu'on s'élève.


Photo: Morgane Lechemia (C)

Marnie


Parce que rien n'arrête la Poésie!

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