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[Pourquoi Slamez-vous? 2020] Coquillette, Bordeaux

Slameuse/ Slameur: Coquillette

Equipe de: Bordeaux

Pourquoi Slamez-vous?

Enquête auprès des poètes sélectionné-e-s pour la Coupe de la Ligue Slam de France 2020

www.ligueslamdefrance.fr


Coquillette. Photo: Mélu Zine

Comment as-tu rencontré le slam? Te souviens-tu de la première scène à laquelle tu as assisté, puis participé (et donc de ton premier texte)?


Lors de mes études en Lettres Modernes j'avais un atelier d'écriture. Nous devions faire une restitution de nos productions lors d'un salon de poésie. Il y avait dans mon groupe un slameur, Sica. Quand lui et sa bande ont vu ma prestation, ils m'ont embarquée sur leur scène ouverte. Manque de pot ma première scène était une qualif' pour le Maroilles d'Or ! Un jury, des notes, un tout petit bonhomme qui fait des bonds (Daitoha) et me présente comme "un dépucellage" et ma première victoire ! Ce fût une soirée magique, qui a changé le cours de ma vie : l'écriture, les scènes et les actions auprès de l'asso Slam sont devenues mon oxygène.


Comment écris-tu tes textes? Qu'est-ce qui t'inspire? Aimes tu te mettre dans des conditions particulières pour écrire?


Je dirai que j'ai trois formes d'écriture. La thérapeutique, une écriture instinctive qui surgit n'importe où, n'importe quand. Je parle de mes blessures, mes expériences de vie et mon passé lointain. Dès que je partage ces textes, j'ai le sentiment de guérir en me délivrant de mes maux. La ludique, celle qui exprime le tout et le rien, car ce qui m'importe c'est d'avantage la forme que le fond. Le plus souvent, celle-ci c'est lors d'ateliers auxquels je participe ou que j'anime. C'est une manière de travailler la rythmique, et les sonorités en se détachant de la définition étymologique des mots. Et enfin la dénonciatrice, c'est la plus compliquée ! Car le message que je porte doit être compris de tous, doit interpeller sans heurter l'auditoire. Il me faut du temps, je demande souvent conseil à mes proches et amis slameurs.


Si tu as d'autres activités artistiques, le Slam a-t-il une place particulière dans ton processus créatif?

Coquillette. Photo: Vincent Juste Vincent (C)

Mes activités artistiques se complètent, s'articulent ensemble parfois. Le chant et la guitare furent les premières, elles m'ont aidé à travailler la rythmique de mes textes, l'intonation de ma voix. Tandis que le slam a permis la libération de mon corps, avant j'étais statique cachée derrière mon instrument ou mon micro, aujourd'hui je suis une bombe à retardement, acceptant mes grimaces, mes formes, mon strabisme. Il y a aussi la peinture, très abstraite, elle met de la couleur dans les mots, tandis que les mots mettent en lumière ce qui est représenté sur la toile.


Comment est la scène slam autour de chez toi? La fréquentes-tu assidûment chez toi et aussi ailleurs?


Elle est vivante et variée. Chaque animateur à sa dynamique, ainsi aucune scène ne se ressemble. Une animée par l'équipe de Street Def Record au "Pourquoi pas", où depuis peu nos textes ont la possibilité d'être réappropriés par une troupe de théâtre d'impro. On fait notre passage de 3min et eux proposent un sketch de 10 minutes, avec ce qu'ils ont vu, entendu, absorbé (les émotions). J'en ai fait l'expérience, je fus honorée et très émue d'assister à cette réinterprétation. Puis c'est la scène des Tournois, où l'on affronte les Slamis dans une ambiance bienveillante. Une scène Jam à laquelle je ne participe pas, car j'avoue avoir du mal à collaborer avec les musiciens. Mais ma préférée, c'est celle de Kayou à l'Avant Scène, un lieu confiné et chaleureux, avec de nouvelles têtes à chaque fois, des univers bien différents où les formes poétiques se multiplient, se répondent et se partagent. Les mots, les silences, les flux d'énergie et d'émotions envahissent l'espace. C'est une scène mystique. J'aime également slammer dans d'autres villes. C'est l'occasion de rencontrer un nouveau public, d'entendre de nouveaux textes, de vivre de nouvelles émotions et de découvrir de nouveaux lieux et paysages ce qui favorise l'inspiration.


Que dirais-tu à quelqu'un qui cherche à découvrir la discipline?


Je lui dirai que cette discipline permet de se déterminer en tant qu'être et corps. Qu'elle donne la possibilité de s'exprimer sans filtre. Les scènes sont un lieu où le jugement n'a pas sa place (malgré le paradoxe du Tournoi et de la notation). C'est un moment de partage où les expressions et applaudissements du public sont reçus comme reconnaissance et acceptation. C'est un micro-monde où tout est possible car les mots ont des sens infinis, et que celui qui les incarne peut être une multitude de personnages à travers différents textes ou dans un même texte d'ailleurs. C'est une opportunité pour soi de se chercher, se découvrir, se retrouver, et c'est surtout une chance de pouvoir rencontrer et appréhender l'autre.


Quelle est pour toi la place de la poésie dans la société?


Pas suffisante ! Elle est stigmatisée, définie comme étant inaccessible pour certains, et trop souvent réduite à de vieux vers poussiéreux qu'on nous enseigne sur les bancs de l'école. La société n'a pas véritablement conscience que la poésie est partout. Dans un texte de RAP, dans un graffiti, un bouquet de fleur, un sourire, un discours politique... Elle nous entoure et nous porte au quotidien. Elle est en chacun de nous et dans toutes les représentations de la nature. Pour l'atteindre, il nous suffit d'écouter, observer et surtout ressentir.


Coquillette. Photo: Maurice Lafaye (C)

Coquillette


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