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[RENCONTRE] "42.195" de et avec Marc Buléon. Un puissant récit de vie(s)

42,195 mètres, c’est la longueur exacte d’un marathon.


4 mètres, c’est la distance que devra franchir Monsieur Legros, ancien marathonien, dans sa maison de retraite.


Récit de vie qui mêle la course à pied, l’amour, le désespoir et la magie des histoires, « 42.195 » parle aussi du marathon d’une vie et de la trace que chacun de nous souhaite, ou pas, laisser derrière lui...

Marc Buléon, l'homme qui polit les mots comme l'ébéniste façonne la matière... L'humanisme traverse chaque phrase, chaque silence de ses spectacles avec une force unique. A l'occasion de la reprise de "42.194" né juste avant la pandémie et qui attend de prendre son élan pour grandir, une rencontre avec cet homme merveilleux s'imposait. Allo, Marc? Bonne lecture!

Bonjour Marc! Tu rentres d'une semaine de tournée ?

Bonjour Philippe. J'avais organisé une tournée en Bretagne occidentale uniquement chez l'habitant pour relancer le spectacle sur le marathon. J'ai joué 6 fois en 7 jours, il y avait plein de monde et c'était vraiment un très bon moment.

Dans plusieurs villes différentes ?

Plutôt des petits villages, à côté de Morlaix, Callac, Plouescat... le pays du Léon quoi. Je voulais re-roder le spectacle avant les représentations au TNT de Nantes et faire venir quelques programmateurs. Je ne l'avais pas joué depuis un an et demi!


Il s'est arrêté à cause de la pandémie.


Je l'ai créé en octobre 2019, joué une petite quinzaine de fois... et le 15 mars 2020 tout s'est arrêté.

Tu l'appelles « récit » et pas « conte ». Pourquoi et quelle est la différence entre les deux ?

Nous, les conteurs, on fait la différence entre les contes, les épopées, les mythes, les légendes... et les récits de vie, c'est à dire des récits de vie contemporains ou pas. On raconte la vie de quelqu'un. Il y aussi les récits de vie imaginaires. Il y a également ce que j'appelais pour les spectacles sur l'autisme, des récits imaginaires de vraie vie, c'est à dire qu'on part d'une histoire vraie, mais on s'autorise un peu de fiction pour en faire quelque chose qui ressemble à un spectacle. Il y a beaucoup de choses réelles là-dedans. Ce qui ne change pas dans tout ça, c'est la posture du conteur. Même si c'est un récit, je suis conteur à l'intérieur et je garde cette posture. Cette proximité, cette façon de pouvoir interpeler le public s'il se passe quelque chose dans la salle... Une simplicité de relation entre la personne sur scène et le public.

Tu ne te considères donc pas comme un comédien ?

Non. D'ailleurs si tu me proposais de jouer dans une pièce avec d'autres, je te dirais non, parce que je suis très mauvais. Enfin, il n'y a pas de frontière nette, certains conteurs sont un peu comédiens, des comédiens sont un peu conteurs... et puis tu as des conteurs qui ne sont pas du tout comédiens et inversement. Tout est possible, mais moi je me revendique bien plus comme conteur que comme comédien.


Et donc, ce récit de vie, c'est le récit de quelle vie ?


Ah... C'est le récit de plusieurs vies. Il y a pas mal de la mienne, on va dire, et puis des récits de vie de marathoniens que je n'ai pas forcément connus, mais dont je lu les écrits ou les articles publiés sur eux. Des récits de musiciens, aussi, parce qu'il est question de musique là-dedans. Récits au pluriel on pourrait dire. La trame principale, c'est le parcours d'un enfant qui est plutôt maltraité au départ et qui va s'en sortir. Au départ, il pense s'en sortir grâce à la course à pieds, mais il va aller d'échecs en échecs... et il va quand même s'en sortir grâce à un marathon, mais d'une autre forme. On ne va pas tout raconter...


Est-il différent des autres spectacles que tu as pu écrire auparavant ? En quoi ?


Je vais te répondre à l'inverse. Ce qu'il a en commun par rapport aux 3 derniers spectacles, c'est cette autorisation que je me donne d'aller fouiller au fond de l'âme humaine et de pouvoir en faire une restitution publique sans tomber dans le pathos. Ca, c'est vraiment ce que j'ai découvert avec ces personnes autistes avec qui on a créé pendant 14 années. Elles m'ont fait comprendre qu'on pouvait aller très loin, sans en faire trop, sans gêner le public, sans tout occulter. C'est ce qu'il y a de commun. La différence, c'est que la part d'imaginaire est beaucoup plus grande que dans les récits de vie sur l'autisme. Mais pour moi c'est dans la même lignée, aussi puissant. Il y a des spectacles dont je n'étais pas complètement satisfait, mais il y en a 2 ou 3, avec du recul, je me dis, ça tient la route. Celui-ci en fait partie.

Du coup, tu penses avoir trouvé ton écriture ?


Oui. J'ai mis très longtemps parce que ça fait quand même 26 ans que je conte ! Depuis une 10 aine d'années j'ai vraiment l'impression de ne plus vouloir écrire comme untel, avoir le bagout d'une telle, l'aura de… D'être juste moi, quoi. Ca prend du temps...


Une vie...


www.marcbuleon.com


"42.195" de et avec Marc Buléon

Les 5 et 6 Novembre 2021, 19h

au TNT , 11 allée de la maison rouge, Nantes

www.tntheatre.com


Quelle trace laissera chacun chacune d'entre nous ?

Au départ, je voulais écrire sur la course à pied, sur les coureurs de fond (5000m, 10000m, marathon et plus). J'ai toujours aimé courir. Je suis fasciné par la vie et les performances des grands coureurs.

Courir, c'est comme partir en mer en solitaire : à peine la côte quittée, on désire traverser l'océan! C'est une aventure, une exploration de la solitude, une plongée en soi-même.

Mais au fil de l’écriture et de mes lectures, à côtoyer les champions, le questionnement de la trace est apparu.

Si les empreintes des chaussures des coureurs sur le bitume sont à peine visibles, si celles laissées sur la piste cendrée ne résistent pas à la première pluie, le nom des plus grands champions, comme celui de Zatopek, s’inscrit à jamais dans la mémoire collective.


C’est la recherche de cette trace-là qui a transcendé peu à peu mon écriture. La course à pied n’était que la matière à travailler pour interroger le besoin – ou non – de laisser une trace derrière soi, de se prolonger au-delà de la mort...


Marc Buléon




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