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[Pourquoi Slamez-vous?] Coupe de la Ligue Slam 2019: Raphaël Reuche, Nantes

Mis à jour : avr. 27

Slameuse/ Slameur: Raphaël Reuche

Equipe de: Nantes



Pourquoi Slamez-vous?

Enquête auprès des slameurs sélectionnés pour la Coupe de la Ligue Slam de France 2019 www.ligueslamdefrance.fr

Comment as-tu rencontré le slam?


C'était à Grenoble en 2012. Je faisais mes études là-bas, en DUT Carrières sociales, j'écrivais déjà énormément et j'avais déjà l'habitude de partager mes poèmes ou mes histoires avec des copains et on m'a dit: “viens voir une scène slam”. J'ai laissé traîner un peu, je me suis retrouvé à faire un stage avec des personnes âgées et à rencontrer Tom Pouce en L'air, un des intervenants slam à Grenoble, pour qu'il vienne faire des ateliers avec les personnes âgées et une MECS (Maison de l’Enfance à Caractère Social). De fil en aiguille, j'ai fini moi-même par aller voir une scène, à La Bobine, un lieu à Grenoble et par me dire “vas-y toi aussi!” Je suis monté, j'ai partagé mon texte et j'y suis retourné régulièrement jusqu'à ce que mes études se terminent. Quand je suis parti de Grenoble, j'ai été saisonnier, j'ai continué à partager mes poèmes, j'ai bossé pas mal dans des centres de vacances où j'organisais aussi des scènes slam...


Dès l'origine tu as touché du doigt le rôle social du slam...


Oui, carrément. L'idée était que le mot slam intriguait dans la tête des gens qui ne le connaissent pas. Il indique quelque chose de faux: les non-initiés s’imagine que c’est lié à une certaine manière de déclamer son texte. Alors qu'en fait absolument pas. Du coup, pendant mon stage, on avait appelé ça “ateliers slam poésie”. Malheureusement, j'étais en cours quand il y a eu les ateliers, je n'ai donc jamais pu aller les voir. Mais j'ai eu des retours, ça s'est hyper bien passé. Le slam, en fait, est une scène d'expression libre, les ateliers sont des ateliers d'expression. C'est un concept de rencontre et il y a effectivement un vrai rôle social: faire parler les gens, les faire se rencontrer, s'exprimer d'échanger des expériences de vie. Dans le cas de l'atelier avec les personnes âgées, le partage d'expérience était riche: ça se passait à la Tronche, entre des personnes âgées et des enfants de la MECS. Ces gens n'ont pas du tout le même vécu, je ne peux qu’imaginer, mais des retours que j'en ai eus, ça leur avait énormément apporté à tous.


Quand tu as fait une saison, tu penses avoir vécu des choses importantes aussi?


J'ai été animateur pendant des années, barman aussi, j'ai fait pas mal de trucs, guide et même chevalier aussi – si tu pouvais le mettre en gros, ça serait top ! CHEVALIER à la forteresse de Mornas...



Le Chevalier du slam pourquoi pas !


Parmi tout ça, j'ai fait des ateliers d'écriture pour les enfants sans avoir été formé, on organisait ça avec les instits. J'ai eu aussi des vacanciers en villages vacances. Nous, l'équipe d'animation, on faisait des cabarets, des petits spectacles, avec chanson, sketchs... et il y avait aussi de la poésie du coup. C'est ce que j'avais gardé moi des scènes slams. J'organisais des scènes ouvertes dans des villages vacances ! Des gens venaient partager des textes comme sur une scène slam. C'était super intéressant, la parole était vraiment déliée.


Ca pouvait contribuer à résoudre des problèmes ?


Quand j'ai bossé avec les enfants, oui, parce que des choses étaient dites. J'ai le souvenir d'une saison de 3 mois, où on avait aussi mis en place plein d'outils, des ateliers d'écriture, des boites à crier. Ca permettait aux enfants de s'exprimer. Ils étaient là pendant 12 jours, forcément la vie en collectivité pour certains c'était la première fois, donc il y avait des problèmes dont il fallait parler oui.


Et toi, alors ? Ton goût, ton plaisir des mots, à l'origine, vient de où ?


Je pense que je me suis senti très fier de moi la première fois que j'ai prononcé un mot quand j'étais gamin. J'ai eu envie d'en prononcer d'autres.


Ca a déclenché un truc de dingue...


Oui, je crois qu'il y a eu une sorte d'adrénaline, comme si j'étais une sorte de super héros. Et que j’allais pouvoir enfin m’exprimer.


L'envie de raconter des histoires?


J'ai beaucoup d'imagination, ça a toujours été un peu comme ça, je me suis toujours raconté plein d'histoires que j'ai eu envie de partager. Et aujourd'hui, j'en fais des spectacles.


On allait justement en arriver là... mais le slam est-ce que ça a été une étape, un outil ? Comment le positionnerais-tu dans ton parcours ?


C'est un outil comme les autres, comme le théâtre, le conte, l'écriture et comme un endroit de rencontre en fait, à Nantes plus qu'à Grenoble, parce qu'à Grenoble j'en ai fait que 3 ou 4. A Nantes, je suis venu beaucoup surtout il y a 2- 3 ans, ça a surtout été un endroit de rencontre, j'ai rencontré plein de personnes, plein d'univers, plein de choses qu'on partage en fait. Et puis, venir entendre des mots, des gens, voir ce qu'ils ont à dire et se dire “oh p... la vache”. C'est ça en fait pour moi, c'est hyper beau. Parce que l'histoire que je raconte à des gens, certes, il y a quelque chose de moi derrière, quelque chose, de mystique de mystérieux, mais je vais avoir envie de les emmener dans un univers au théâtre, c'est pareil : je vais leur présenter un personnage qui va les emmener dans cet univers, mais que ça soit par le conte, par le théâtre, je joue. Et ce que je trouve hallucinant dans les scènes slam, que toutes ces personnes qui viennent, elles sont là, elles. Elles sont elles-mêmes et elles balancent ce qu'elles ont à dire : il n'y a pas de jeu. C'est le besoin de dire ça, à ce moment-là, le besoin de monter et de balancer tout ça. Je pense que j'ai été trop heureux dans mon enfance pour réellement avoir ce besoin aussi, même si ça m'est arrivé de monter sur des scènes parce que j'avais des choses à dire et de ne pas jouer. Je pense que cet outil là est hyper important pour cette raison-là aussi.


Un mot pour conclure que dirais-tu à quelqu'un qui veut découvrir le slam pou lui donner envie ou lui expliquer en quelques mots ce qui se passe?...


Je lui dirai déjà, viens boire une bière parce que c'est dans les bars souvent et puis il n'y a pas de meilleure chose que de venir découvrir le slam de poésie autour d'un demi, d'une pinte ou de ce que tu veux, de se laisser emporter, embarquer. Et, si jamais tu as des choses à dire, il faut savoir que c'est peut-être l'espace le plus bienveillant que je puisse connaître pour l'expression. Et puis après je lui dirais de venir au Théâtre de Poche samedi 4 mai à 14h, parce qu'il y a un tournoi et un spectacle après, le mien, et Tom Tom va m'engueuler si je profite pas de l'ITW pour faire la pub!




Raphaël Reuche


Un grand merci à la Ligue Slam de France, à toute l’équipe de Nantes, notamment bien sûr à Raphaël pour sa disponibilité... Propos recueillis par #PG9


Tous les portraits sont regroupés ici:

Pourquoi slamez-vous?





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