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[Plonger dans l'âme de...] Fil de Nerfs. Sourcier

Dernière mise à jour : 14 févr.

Les professionnels du "réseau chanson", le Mans Cité Chanson, l'ACP - Manufacture Chanson (Paris), la Bouche d'Air (Nantes), le Prix Georges Moustaki, Chant'Appart... le suivent depuis déjà longtemps. Fil de Nerfs se sent comme un poisson dans l'eau sur scène devant un public attentif auquel il propose des images et des portraits venus du bout du monde ou sortis de sa mémoire. Nous nous sommes parlés sans voir le temps passer en voguant sur ses souvenirs et ses vibrations. Vous avez ci dessous le fruit de notre échange comme un vrai moment de partage! Bon voyage

Fil de Nerfs. Photo: Thomas Valin (C)

Bonjour Quentin ! On va remonter le fil de tout, le Fil de Nerfs (rires)... Première question : qu'est ce qu'une vibration ?

Quand tu me dis ça comme ça, pour moi c'est pictural. Je vois une courbe. Je vois même plusieurs formes de courbes différentes. C'est ça avant un son.

C'est visuel d'abord ?

J'ai quelque chose de visuel qui vient, oui.

Tu te nourris des images ou des sons ?

Des deux, mais j'ai beaucoup besoin des images. Je fais des chansons qui sont même d'ailleurs pas mal « imagères »... Parfois, les sons me nourrissent, bien sûr, c'est vraiment les deux. Mais les images d'abord.

C'est pour ça que tu es parti en voyage? Pour te construire une bibliothèque d'images ?

Chorale dans le Pamir, Tadjikistan (C) Fil de Nerfs

Je sais pas si c'est pour ça, mais en tous cas dans l'idée de partir en voyage, je savais que j'allais m'y confronter, que ça allait me nourrir et m'apporter plein de choses... après, je pense qu'au moment où je suis parti, je ne m'attendais pas à ce que ça m'en apporte autant. Les rencontres que j'ai faites pendant le « gros » voyage, ce sont des gens de qui je parle dans mes chansons. J'espérais les rencontrer, je crois que j'en rêvais, mais je n'étais pas sûr que ça arrive et c'est arrivé...


On va remonter un tout petit peu avant. Ta première chanson, c'est pour une fille en CE1.

Oui, j'ai vraiment le souvenir de ce truc-là. Je ne l'ai jamais chantée, cette fille n'a jamais été au courant, mais voilà, c'est la 1ère fois, en tout cas que je me souvienne, où j'avais écrit des mots qui n'étaient pas des mots qu'on me demandait d'écrire, comme on pouvait nous le demander à l'école. De mon plein gré, j'avais pris un crayon et un papier pour écrire cette histoire.

Tu l'avais mise en musique aussi ?

Il y avait un air, je me souviens. Mais je ne jouais pas d'instrument à l'époque, du coup c'était un peu plus compliqué, mais il y avait quand même un truc musical dedans, oui.

Après tu as écrit d'autres chansons ?

J'ai continué à écrire quand j'étais ado avec deux copains. On s'amusait à faire des textes de rap sur des instrus qu'on trouvait à droite à gauche. J'écrivais des choses encore avec les influences de cette époque. J'ai continué après, toujours ado mais un peu plus vieux, du coup avec de nouvelles influences musicales. J'avais envie de parler d'autres choses, ça n'était encore pas très construit et, surtout, pas assumé. J'écrivais pour moi et ne le montrais pas forcément. A 20 ans, j'ai écrit vraiment une chanson où je me suis dit : elle est terminée. J'ai mis un point final et je l'ai mise en musique. C'est la première fois où je composais de la musique pour une chanson que j'avais écrite...

Du coup, tu t'étais mis à travailler de la musique ?

La musique, je m'y suis mis à 12-13 ans. Je chantais des reprises que j'apprenais avec mon prof de guitare. J'aimais beaucoup ça, mais je n'arrivais pas encore à m'imaginer écrire une chanson qui vienne de moi et composer en même temps la musique. C'était juste m'amuser à faire des reprises. Je crois que j'avais quand même envie d'écrire mes propres chansons et de chanter des choses qui viennent de moi. J'ai toujours aimé écrire, depuis le début, là où j'avais écrit cette première chanson à 7 ans... Ca n'était pas une obsession, mais je jouais de la guitare, je me disais, j'aimerais bien, plutôt que de chanter les mots des autres, chanter les miens. La toute première chanson où j'ai mis un point final, où je me suis dit, ça c'est écrit et fini, elle est venue après un premier voyage tout seul. J'étais parti en Algérie. Mon grand-père m'avait donné le déclic, il parlait souvent de la guerre d'Algérie, de ce que ça avait provoqué en lui. Je m'étais dit, ce sujet-là, je n'en entends jamais parler. Du coup, c'était un peu lourd, j'en conviens pour un premier sujet de chanson, mais j'avais parlé de la guerre d'Algérie par quelqu'un envoyé là-bas pour la faire.

Tu étais toi-même parti là-bas...

C'était il y a plus de 10 ans maintenant, j'étais parti un mois. Sans guitare.


Tu étais parti pour faire quoi ?

Pour me promener. C'est toujours ce que je dis quand je pars en voyage, c'est vraiment pour aller voir ailleurs ce que je peux y trouver et puis... Après, j'ai toujours trouvé un sens. Enfin, là l'Algérie, le fait que mon grand-père m'en ai beaucoup parlé, le lien qu'avait ce pays avec la France, ça m'avait toujours intrigué. C'est mon côté fasciné par la géopolitique sans doute.


C'est important! Ca donne du sens aux choses... Tu es allé écouter ? Regarder ? Sentir ?

Je suis allé regarder dans un premier temps, rencontrer des gens, discuter avec eux... Je suis allé aussi surtout me confronter à moi-même. Voir comment je me débrouille, je n'étais jamais allé dans un pays complètement différent du mien, tout seul. J'avais 20 ans, j'ai découvert tout ça. Après, il se trouve que sur mon chemin, j'ai croisé en kabylie, un poète qui déclamait des textes et deux musiciens qui faisaient des reprises de Kamel Messaoudi et d'Idir, aussi. J'avais bien aimé, mais le voyage n'était pas axé là dessus, ça avait été des rencontres un peu improbables. Je m'étais dit, c'est trop bien de pouvoir rencontrer ces gens-là par ce biais-là...

Qu'est-ce que ça t'avait apporté de particulier ?

Des influences, peut-être. E ça m'avait aussi donné envie un peu plus de voir des gens qui faisaient de la musique différente que celle que moi je pouvais écouter ou faire. Ca me poussait à aller plus loin, dans tous les sens du terme...

On en revient à la question de la vibration ?

Là on peut, mais avec du coup la notion sonore.


Et aussi la notion humaine... Une rencontre entre deux personnes, c'est aussi une vibration...

Clairement. Au final, pas mal de chansons que j'ai écrites parlent de quelqu'un, tout simplement. C'est le truc qui me fait vibrer. Quand je dis que je voyage pour aller regarder, le fond du truc, c'est vraiment de rencontrer les gens. Il y a des endroits où je suis allé, je n'y allais pas pour les paysages, mais les rencontres faites m'avaient vraiment inspiré et nourri. L'Algérie c'est le cas. J'ai aimé les gens que j'ai rencontrés là-bas et ça s'est passé dans d'autres pays de la même manière. C'était ça qui me nourrissait et que j'allais chercher.

Comment est-ce qu'on rencontre les gens?

Trabzon, Turquie (C) Fil de Nerfs

En se promenant justement. C'est vraiment mon truc de errer. Je crois que j'ai ça depuis très jeune. J'aime bien l'errance. En voyage, certains ont besoin de faire des choses. Moi, j'aime bien ne rien faire. Juste regarder les gens, leurs us et leurs coutumes, les observer. Quand quelque chose m'inspire, ou quelqu'un, allez le voir, lui poser une question et puis souvent, quand on est dans cette dynamique-là les gens viennent aussi nous voir. Spontanément.

On va se perdre quelque part ?

Oui. En se perdant, en perdant les repères qu'on a habituellement chez soi, on en trouve des nouveaux qui viennent à nous comme ça et qui deviennent des vrais repères de vie...

Lâcher prise et s'ouvrir...

Il y a un petit côté comme ça, oui.

Et puis un jour, en 2017, tu es vraiment parti. Pendant combien de temps?

Cappadoce, Turquie (C) Fil de Nerfs

6 mois. C'est pas non plus hyper long comparé à plein de gens qui partent pendant des années, mais ça a été 6 mois intenses où j'ai fait la plupart de mon voyage en stop. Ca impliquait donc de rencontrer des gens en permanence, d'être tout le temps sur la route. Il y a eu des endroits où je me suis posé un peu plus longtemps. C'était vraiment intense.

Tu pars avec un calepin, un dictaphone, un cahier ?

J'ai toujours des carnets, plusieurs.

Le grand avantage de l'auto-stop, c'est qu'on rencontre des gens à l'improviste. C'est le hasard qui nous guide.

Exact. Et même sur ma destination. Je savais clairement que j'allais vers l'est, mais je m'étais dit que si je rencontrais quelqu'un qui m'inspirait et qui n'allait pas dans ma direction, je suivrais la sienne. Sur ma route, j'avais un cap pour ma journée ou pour ma semaine et au final, ça ne s'est jamais passé comme je l'avais imaginé. Notamment la rencontre avec Ramin que je raconte dans la chanson du même nom.


Superbe chanson... Parce qu'au final, ces rencontres deviennent éventuellement des chansons.

C'est ça.

On continue le périple. Tu te laissais aller à l'improviste et tu as atterri en Chine !

Je suis pas allé jusqu'en Chine. J'ai juste passé mes doigts dans les grillages. J'étais vraiment à la frontière au Tadjikistan. J'ai longé la frontière sur une centaine de kilomètres. L'autre côté, c'était un espace de no-man's-land avec la Chine. C'est là que je me suis arrêté... La Chine, j'avais cette espèce de mythe de la route de la Soie qui me fascinait depuis que j'étais ado. Je m'étais toujours dit que j'irais en Asie par la voie terrestre. C'était un espèce de vieux rêve. Me dire que j'étais arrivé là sans prendre l'avion je trouvais ça fascinant. En fait, quand je suis arrivé là-bas, j'ai repensé à toutes les géologies, tous les gens que j'avais croisés sur le chemin, les personnes diverses et variées qui m'ont hébergé chez elles... dans des maisons de tous types. Le nombre de voitures dans lesquelles j'étais monté. Toutes ces choses-là. Je me disais waow, je suis arrivé là et je ne l'aurais pas imaginé 6 mois plus tôt quand j'étais sous la pluie au rond pont de la Chapelle sur Erdre à attendre pendant 3 heures avant que quelqu'un ne me prenne pour partir sur l'autoroute !

Ouzbékistan (C) Fil de Nerfs

Est-ce qu'on attend partout 3 heures sous la pluie ou est-ce que ça va plus vite dans certains pays ?

L'endroit où j'ai attendu le plus longtemps, c'est vraiment au rond point de la Chapelle sur Erdre au moment de partir! Après, il y a eu des moments où c'était long et j'ai pas mal marché, parce que j'aime beaucoup marcher , je partais pour ça aussi. Il n'y a jamais eu de problèmes. Parfois j'ai pris des taxis, j'ai pris aussi deux trains qui valaient vraiment le coup d'être pris, je trouvais ça vachement plus fun que de faire du stop. Je n'étais pas mono-centré sur le stop, ça n'était pas une règle absolue.

Dans le train, on rencontre les gens aussi...

Entre le Kazakhstan et l'Ouzbékistan (C) Fil de Nerfs

Le train, c'était super. J'avais ma guitare avec moi pour le coup et quand tout un wagon écoute un type en train de chanter Edith Piaf, ou je ne sais qui, à l'autre bout du monde, c'est assez rigolo ! J'ai une anecdote en Arménie aussi. Je me fais prendre en stop, ils me disent ah t'es français, ils ne parlaient pas un mot d'anglais mais ils étaient là « Aznavour, Aznavour... ». Alors, je fais une première chanson d'Aznavour, une deuxième... Ils étaient tous fous, hyper contents, j'en fais une 3ème... Et là, je me dis « mais j'ai fait toutes mes chansons d'Aznavour ! » Donc, là je fais Edith Piaf. Ils disent encore « Aznavour, Aznavour... », ils pensaient que tout était Aznavour parce que c'était en français... alors, là, je me dis tiens je vais essayer quelque chose, je vais chanter mes chansons à moi. Du coup, ils m'ont qualifié d'Aznavour aussi... C'était super marrant !

Tu avais déjà dans tes bagages plusieurs chansons à toi.

Oui, j'en avais déjà même pas mal, c'était l'occasion de les glisser discrètement...

Ca doit être un drôle de sentiment de tester ses chansons incognito à l'étranger.

Il y a ce truc de la langue aussi. Je suis toujours assez pudique avec ce que j'écris, donc là, quand on est face à des gens qui ne comprennent pas forcément le sens des mots qu'on met, c'est plus simple, plus léger. Ca met moins de pression.

Et ton retour est triomphal, excuse-moi: tu enchaines un certain nombre de choses hyper intéressantes, dont tu vas nous parler. Quand tu es rentré de ce long voyage, tu t'étais nourri, tu étais plein à bloc...

Oui, clairement. J'avais réalisé un rêve. Et ça faisait plusieurs années que je me disais là j'écris maintenant, je fais de la musique, de plus en plus, j'avais commencé à faire des petits concerts et j'aimerais bien en faire plus, aller plus loin avec ça. Du coup, en revenant de ce voyage, je me suis vraiment lancé de manière plus professionnelle on va dire. J'ai commencé très discrètement à envoyer mes petites maquettes, mes petites chansons...

A 27 ans, tu arrives à Le Mans Cité Chanson, super festival, où tu obtiens le 2ème prix du jury. Bravo !

J'ai complètement halluciné de me retrouver là-bas. Surtout que les autres finalistes étaient des gens qui avaient plus de bouteille que moi... Orly est un groupe que j'aime beaucoup, que j'avais programmé, parce que j'étais dans la programmation pendant des années du festival « Graine d'automne » vers Nozay, je les connaissais donc, et, là, de me retrouver juste derrière eux, c'était assez fort. Ca m'a vraiment boosté d'obtenir du crédit de la part de mes pairs, de voir que ce qu'on fait, ça peut toucher pas mal de gens, qu'on a un retour très positif. Je crois que j'avais besoin de ça aussi, c'est con, mais ça motive ! Ca met en confiance.

Est-ce que tu sais ce qui leur a plu dans ce que tu faisais ?

J'avais la sensation que c'était une espèce de sensibilité sur les sujets que j'abordais. Ma chanson « Printemps » touche beaucoup les gens. Pas forcément quand on l'écoute sur le disque, mais quand je raconte ce pour quoi je l'ai écrite en concert, celle-là, il y a quelque chose, une espèce de sensibilité qui se transmet. Avec Ramin, aussi. Il y a quelques chansons comme ça qui touchent les gens.

Tu racontes à chaque fois avant de les chanter comment elles sont venues ?

Oui. Je sais qu'il y a des gens qui n'aiment pas ça, mais comme je joue dans des lieux plutôt où on vient écouter de la chanson, dans ces lieux-là, les gens sont à l'écoute de ça et souvent c'est ce qu'on aime bien aussi. A chaque fois, j'ai quelque chose à dire avant, ça fait pleinement partie de la « mise en scène » si on peut appeler ça comme ça.

Tu as beaucoup joué dans les bars, comment ça se passait ?

Dans les bars c'est toujours assez délicat parce que ce que je fais est assez tranquille... Il y a eu des lieux où c'était super, mais, parfois, j'ai trouvé difficile d'avoir vraiment une écoute… Les bars ça n'a pas été ma meilleure expérience, même si c'est une très bonne expérience pour se former à jouer devant des gens qui s'en foutent et qui n'aiment pas, des gens boivent des coups... J'avoue qu'après quand j'ai découvert les petits festivals où les gens sont assis et viennent vraiment écouter de la chanson, là, j'ai fait waow c'est possible aussi, c'est super agréable. Il y a un côté plus spectacle. Aujourd'hui, je privilégie ce genre de lieux et j'ai la chance d'être entré dans des trucs un peu institutionalisés, des festivals, le réseau chanson, tout ça, j'apprécie énormément.

Tu as sorti un EP après...


(C) Fil de Nerfs

Il est sorti 3 semaines avant le confinement de 2020, le fameux, le grand, le premier... C'était pas la meilleure période!

Pendant le confinement, tu t'es concentré sur l'écriture ?

J'ai écrit un peu mais franchement pas beaucoup. Comme beaucoup de gens, il me manquait un truc. Par contre, je me suis mis au home studio, ce que je n'avais jamais fait, j'ai enregistré deux morceaux tout seul, j'ai fait deux petits clips maison, donc au montage vidéo... C'est plus des aspects techniques que j'ai développés. Et puis rebosser la guitare tout ça, mais après je n'ai pas été très prolifique en terme de création pure pour mon projet. J'ai passé du temps sur des choses techniques. J'avais la chance d'être dans un environnement incroyable, dans une ferme, à la campagne avec la forêt autour... Une immense maison. J'étais bien, je me sentais bien. En plus, j'ai accédé à l'intermittence juste pendant ce 1er confinement. Donc, pendant un an j'avais de quoi voir venir. J'ai été hyper chanceux, je ne peux pas dire le contraire.


Comment vois-tu les choses pour l'avenir ?

Fil de Nerfs résidence au Théâtre de Verre - Chateaubriant (C)

J'arrive un peu sur la fin de ce set que j'ai fait tourner bon an mal an, durant ces deux dernières années un peu compliquées. Les chansons, je les ai beaucoup jouées, il y en a qui ont un petit peu d'âge puisqu'elles datent même d'avant le voyage pour certaines, pas beaucoup, mais quand même. Pour ce set-là, j'avais monté une formule où on était 4 musiciens. On a fait la dernière la semaine dernière au Théâtre de Verre à Chateaubriant. J'ai beaucoup aimé jouer avec ces personnes-là, c'était vraiment un truc humain, mais là ça devient compliqué, parce que, eux, ça n'était pas leur boulot, ils avaient moins de temps à consacrer à la musique. J'ai des dates en solo encore sur de beaux festivals de chanson... Sinon, j'ai écrit 10 nouveaux titres dont je suis en train de composer les musiques. L'idée serait de sortir ça en 2023. Faire de la résidence, travailler un nouveau set avec de nouvelles chansons qui parlent du coup de nouveaux sujets aussi, qui partent sur autre chose. Cette année, je finis la tournée dédiée à l'EP qui allait avec et je prépare la suite.

La suite sera en solo ou avec une autre formation ?

Je commence en solo avec une MPC, matériel pour faire de la musique électronique, et toujours ma guitare, forcément, c'est la base. J'ai vraiment envie de monter quelque chose seul, mais avec une configuration un peu plus élaborée. Après je garde dans l'idée de remonter plutôt un trio, je ne sais pas encore. J'ai quelques personnes autour de moi à qui j'ai pensé, mais j'ai déjà envie de montrer un premier jet ces nouvelles chansons en solo et après de voir comment ça pourra évoluer. A côté, j'ai un groupe avec des amis, LGDM, et je suis dans une Compagnie de théâtre de rue, « Paris Bénarès ». On fait des marionnettes géantes. On achète un ancien lieu industriel sur la Com Com de Nozay, à la Grigonnais, pour monter un tiers lieu avec un pôle musique, donc là je sais que cette année je vais avoir beaucoup d'énergie à mettre là dedans. Les projets avancent en parallèle.

Tu es artiste et en même temps, tu aimes bien développer des projets...

J'étais bénévole dans Graine d'Automne pendant pas mal d'années, je programmais des concerts. J'ai bien aimé. Après, j'ai arrêté parce que j'avais plus du tout le temps. Maintenant, en gros, je suis intermittent avec mon projet Fil de Nerfs et la Cie de théâtre de rue avec laquelle je travaille beaucoup.

Ce nouveau lieu que vous allez avoir à vous, il va falloir le gérer...

Oui, on est en train de finaliser l'achat du lieu. C'est un projet qui va prendre beaucoup de temps et d'énergie.

Pour revenir à l'écriture, tu dis que tu as 10 nouvelles chansons sur de nouveaux thèmes, ces nouveaux sujets, ce sont de nouvelles personnes... c'est quoi ?

Il y a de nouvelles personnes. Par exemple une personne que j'ai croisée dans un roman et qui m'a inspiré... Je me suis dit, il ne faut pas qu'elle reste juste dans ce roman, j'ai envie d'en parler dans une chanson. Après, j'aime beaucoup tout ce qui touche à la mémoire, qui est un sujet que je fais revenir très souvent. Là j'avais par exemple le souvenir de la première fois où on m'a pris en photo et où ça m'avait fait peur. La première fois où j'avais conscience qu'on me prenait en photo, je me suis dit ce sentiment est fou. J'avais 5 ans je crois. Après, je ne sais pas à quel point mon souvenir est véridique mais en tous cas je me souviens de quelque chose et de la sensation que ça me faisait. J'avais besoin d'écrire là-dessus.

On en revient toujours à des vibrations : la peur de la photo, un personnage que tu as envie de sortir des lignes d'un roman...

Oui. Il y a clairement des choses qui me font vraiment vibrer et là c'est plus juste une image que j'ai dans la tête. Dès que quelque chose me fait vraiment vibrer ou provoque une énergie un peu particulière, j'ai envie d'écrire là-dessus. Ce sont souvent des choses que j'ai peu entendues, j'aime bien parler de choses dont personne n'a parlé.


Et le Printemps, alors?

Elle est dans l'EP, c'est le 3ème titre de l'EP.

Peux-tu nous dire en quelques mots pourquoi cette chanson ?

C'est une iranienne, une amie de Ramin. Je l'ai rencontrée quelques jours après lui. Je ne devais pas rester dans cette ville de Tabriz et au final, Ramin m'a donné envie de rester. Airin est une fille que j'ai rencontrée là-bas. Très vite, on a discuté de plein de choses. De la vie... La conversation était fluide. Et puis, elle a beaucoup parlé du fait qu'elle soit une femme en Iran. Elle faisait du piano, elle chantait aussi, mais elle n'avait pas le droit de le faire en public. Toutes ces choses qu'on voit de chez nous en se disant que c'est aberrant. J'étais avec elle, elle me racontait ça et c'était concret. Les menaces de coups de fouet parce qu'elle avait mal porté son voile, ces trucs-là. La manière, la légèreté qu'elle avait de parler de tout ça, de ses envies, de ses projets... Dans un environnement ultra sombre, un peu mortifère, elle avait quelque chose un peu de bourgeonnant, 'était une lumière au milieu de tout ça. Elle m'avait beaucoup inspiré et j'avais envie de parler d'elle... et puis là, ça a fait écho il n'y a pas longtemps avec ce qui se passait en Afghanistan. Du coup, je me disais mais oui, cette chanson, malheureusement j'ai l'impression qu'elle sera d'actualité encore longtemps.



Donc tu l'as appelée « Le Printemps »

Printemps, juste printemps.

Sans article. Comme "Fil de Nerfs" (et plus "le" Fil de Nerfs)... Tu sais pourquoi?

Non, je ne sais pas.

On essaiera de trouver la réponse en t'écoutant... Merci Quentin et bravo!


Propos recueillis par #PG9


Fil de Nerfs


Jeudi 5/05/2022, 19h au Pannonica - Nantes

Apéro-Concert GRATUIT (programmation "La Bouche d'Air")

Infos ICI




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