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[Plonger dans l’âme de...] Auren. Femmes universelles

Mercredi 20 mars nous sommes des milliers à être tombés sous le charme de Auren. C’était lors d’un “Live à Fip” retransmis en direct de Stéréolux à Nantes, au milieu des Machines de l’île et de leur fantastique éléphant, à l’occasion du festival “Les Fameuses”. Vous pouvez réécouter le concert sur le site de la radio... Qui est donc cette jeune femme? Native de Lyon, elle chante en français, mais son dernier album - sélection Fip - a été réalisé par les américains de Calexico, dans le studio “Wavelab” de Tucson où ils ont leurs habitudes (comme Dominique A, pour ne citer que lui)... Préparez-vous à faire un magnifique voyage entre Lyon, Paris, les montagnes de Savoie et le désert de l’Arizona... Bonne lecture!



Bonjour Auren. Enchanté. Votre 1er album s'appelait “J'ose”. Que voudriez vous oser aujourd'hui ?


Il y a 2 ans, j’ai eu l’audace de donner mes chansons à la fin d'un concert de Calexico et mon rêve s'est réalisé! J'ai aussi osé chanter avec eux à l'Elysée Montmartre il y a un an: à 19h, Joey m’a proposé de monter sur scène avec eux sur une chanson que je connaissais mais que je n’avais jamais travaillée... le concert était à 20h! Quel souvenir! Qu'est-ce que j'aurais envie d'oser aujourd’hui?... être la meilleure version de moi-même. Aller vers qui je suis. Ce matin, j'ai demandé à une artiste que j'adore de venir chanter avec moi au Café de la Danse le 4 juin. J'essaie d’oser un peu tous les jours pour avoir le moins de regrets possibles.


Parce qu'effectivement, un jour vous êtes allée voir Calexico, à l'Epicerie Moderne de Lyon, vous leur avez déposé votre album, un petit mot gentil... Et ils vous ont répondu dans la soirée ! Quelle jolie histoire...


Elle est dingue cette histoire, oui! A 1h du matin, je recevais un message pour savoir si j'étais encore dans la salle. Je n'y étais plus. J'ai regardé leur prochaines dates de concert, il y en avait une à Bern 10 jours après. C’est comme ça que la rencontre s'est faite... C'était fabuleux.


Quel sentiment vous habite quand vous osez quelque chose comme ça ?


Qui ne tente rien n'a rien! Croire en ses rêves et en soi.


Un peu comme toutes ces femmes dont vous parlez dans “Numéro”?

Je ne sais pas trop. Comme j'explique souvent, je n'ai pas écrit ces chansons avec comme objectif de dresser des portraits de femmes, j'ai juste écrit des chansons… Lorsqu’il a fallu trouver un titre à l’album, je me suis aperçue que je dressais des portraits de femmes : l'incontrôlable, l’inconsolable, l'intrépide, l'impatiente... ce sont donc toutes de grandes personnalités, mais je ne sais pas si elles osent toutes. En tous cas, elles en ont envie ça c'est sûr. Si il y en une a qui ose, c’est Edith !


Même si, certains jours, elle n'ose pas, parce qu'elle est assez cyclotymique!


C'est ça ! Complètement.


Ca nous ramène à une chanson que vous citez parfois: “perdre et gagner” de Oxmo Puccino.


Savoir perdre, gagner, savoir reperdre, sans s'éloigner de soi-même...


“Sans s'éloigner de soi-même”, voilà, c'est ça. Le plus important n'est pas forcément de perdre ou de gagner, mais de rester soi-même...


Je pense avec le temps que les échecs, les refus, les portes fermées, tout ça, ce ne sont que des expériences. L'idée, c'est de savoir prendre du recul, de ne surtout pas s'auto-flageller ou se faire un procès avec des “J’aurais dû". J'aime beaucoup cette chanson parce que, dans la vie et dans le milieu artistique, on a des grands hauts et des grands bas, parfois on gagne, parfois on perd, l'idée est de toujours rester soi...


Ne pas avoir le vertige...


Ni le vertige, ni d'être dans un sous-terrain!


Du coup, ça vous fait du bien d'être à la montagne en Savoie...

Oui. Ca a vraiment contribué à mon équilibre personnel et artistique. Je suis un peu moins polluée par l'exigence parisienne, par le stress de cette ville que j'adore et que j'aime encore, j'y étais hier, mais ça m'a fait du bien de retrouver la nature, les grands espaces. Là tout de suite, j'ai la montagne en face de moi qui est si grande, si belle. C'est blanc, noir, vert... On a cette sensation d'immensité et de “tout est possible”.


Vous êtes originaire de Lyon, vous y avez vécu longtemps ?


Jusqu'à mes 20 ans à peu près. Après j'ai fait deux ans d'études à Nice, 1 an à Lille puis Paris pendant 10 ans .


D'où vient votre envie d’écrire et de chanter?


La musique était très importante pour moi. Ma grand-mère m'a appris le piano, mes parents écoutaient et écoutent de la musique sans cesse, mon père est un dingue de son. On avait toujours les dernières nouveautés: les enceintes, les amplis, les vinyles, les laser disc, les Cds, les mini disques... On a tout vu passer! J'ai vraiment baigné dans la musique. Quand je voulais aller à un concert, c’était toujours oui. Voilà... la musique faisait vraiment partie de la vie de famille. Et puis, quand je faisais une prépa HEC, le chant est devenu nécessaire pour aller mieux. Parce que c'était difficile. J'ai toujours écrit, toujours tenu un journal intime, j'écrivais des petites phrases sur ce que je ressentais, ce que je voyais. C'est venu assez naturellement. Mais jamais je n’aurais pensé pouvoir en faire un métier! Ca s'est construit petit à petit.


Votre première chanson parlait de quoi ?


D'amour impossible, forcément.


Evidemment, je suis bête! Impossible, mais joyeux ou pas ?


Elle était un peu plombante cette chanson.


Au fur et à mesure, vous avez parlé de plein de choses, jusqu’à “J'ose”, donc, votre premier album...


En fait, la vraie vérité, c'est que j'ai fait un tout premier premier disque en auto-production en 2008. Je ne l'assume pas du tout parce que musicalement, c'est un peu moyen donc j'en parle très peu. et on niveau des textes, des vraies chansons d'adolescente. Mais, grâce à ça, j'ai fait les rencontres d'Astaffort avec Cabrel, dont j'ai fait les premières parties par la suite. Et j'ai fait une autre très belle rencontre, celle de Romain Galland. Mon guitariste, ami, et comme avec Calexico, on a eu un vrai coup de cœur musical et humain. On s'est mis à écrire ensemble, à composer, on a fait un vrai labo de chanson et de là est venue ma vraie patte musicale. C'est une collaboration qui dure depuis 10 ans maintenant! J'aime partager la musique, me nourrir des autres...


Ca se ressent énormément sur scène dans votre regard sur les gens, votre curiosité. Notamment à Stéreolux, on le sentait.

C'est vrai que ce jour-là, la personne aux lumières avait décidé qu'on voit bien le public. Donc, je voyais les gens qui dansaient, qui murmuraient, ceux qui étaient happés... Ceux qui étaient vraiment vraiment présents, c'était super intéressant. C'est vrai que j'adore la scène, donc j'aime bien jouer avec le public.


Ce qui vous plaît le plus dans la scène c'est quoi ?


C'est le partage. C'est un moment de communion entre le public et les musiciens. J'aime aussi ce lâcher prise, les chansons sont là, on a répété, et on y va ! On est juste dans le moment présent et l'idée c'est de prendre beaucoup de plaisir.


On en revient à “J'ose”! Vous avez dit quelque chose de très joli sur la nature sur le fait d'être allée dans la montagne : “cette nature à côté de moi qui vit mais qui n'est pas agressive”.


J'ai beaucoup de mal avec l'agression, le non-respect, la bousculade, le bruit. Je suis très sensible à ça. La montagne m'a aidé à m’apaiser ! Pendant plus de 10 ans, je me réveillais avec les klaxons, les voisins qui râlent... Je vivais juste au dessus d'un restaurant - avec les conversations nocturnes. Maintenant, je m'endors avec le brame du cerf et je me réveille avec le chant des oiseaux !


Donc vous dans ce cadre là, juste pour aller dans cette direction, vous devez être effectivement très heureuse d'avoir été sélection Fip en février: on ne peut pas faire plus doux que Fip !

On ne peut pas faire plus doux que Fip, on ne peut pas faire plus chic… C’est une radio classieuse, sans pub, sans blabla, on ne vend rien, on écoute juste de la musique. C'est une radio d'artistes tellement hétéroclites, tous les genres musicaux ont leur place. Je suis tellement ravie! C'est une radio que j'écoute beaucoup, et lorsque je m’entends à côté d'artistes tels que The Blaze, Lou Doillon, Nick Waterhouse, je suis heureuse… Et L'autre jour j'ai souri, parce qu'ils ont passé une de mes chansons à côté d'une de Calexico. C'est un vrai beau partenariat, ils y vont à fond !


J'ai personnellement coutume de dire que Fip est une main posée sur l'épaule... Du coup, votre manière de faire et d'être peut éventuellement faire penser à ça.


Oui, c'est vrai. J'ai l'impression que sur ce disque tout est juste, ce qui me réjouit et m'émeut fortement. Il y a eu cette rencontre incroyable, qui s'est passée d'une manière très naturelle, ce voyage... On est partis là-bas, certes ça n'était pas facile, parce qu'il y a quand même une exigence musicale et être face à ce groupe qu'on a admiré pendant des années est impressionnant. J'ai aussi beaucoup travaillé en famille, mon frère, Thibaut Grevet, a fait toute la partie graphique, il vient de faire mon clip aussi, après avoir fait celui d’Eddy de Pretto... Il y a quelque chose de très joli dans cet album. Et Fip qui arrive! Rolling Stones vient de faire une belle chronique aussi, ou Francofans... Ce sont tous des médias qui aiment la musique, ça fait du bien.


C'est beau. Alors justement pouvez nous parler un peu de ce qui s'est passé en Arizona. Quelle image gardez-vous de votre séjour là-dedans pour enregistrer l'album ?

C'est l'expérience la plus fabuleuse que j'ai jamais vécue. Partir à l'autre bout du monde réaliser son rêve avec le groupe qu'on aime le plus. C'était vraiment un beau cadeau de la vie . On en a profité aussi pour voyager. On a vu le Grand Canyon, Monument Valley, on est allés dans le désert. C'était une alliance de plein de choses. On a enregistré sur bandes, on a joué live comme si on était un vrai groupe. Ils ont vraiment respecté qui j'étais en tant qu'artiste, en tant que personne. Ils n'ont pas voulu faire du Calexico par Auren...


Joey le dit très bien dans le reportage que vous avez tourné là-bas: que vous avez fonctionné comme un groupe, que ce groupe était là autour de vous, il n'était pas autour de Calexico, il était là pour servir votre univers à vous.


Oui.


Je repense à ce film... Les cactus sont-ils vivants ou pas ?

Bien sûr qu'ils sont vivants ! C'est vrai, quand on est arrivés là bas on s'est posé la question ! Je suis arrivée quelques jours avant Romain et quand on est allés le chercher à l'aéroport, il a dit: “mais ce sont des vrais?” Et moi je m'étais fait la même réflexion. C'est drôle... Ils sont tellement immenses! Nous on a nos petits cactus dans nos pots à la maison...



Vous pouvez me décrire une journée pour nous faire rêver ?


Alors, c'était RVs vers 9h – 9h30. On logeait dans un endroit qui s'appelait “Bed in the Barillo”. On était si bien là bas, on allait au studio à pied. On traversait un peu Tucson avec ses maisons colorées, on arrivait au 109 Stoner Avenue, les deux chiens de l'ingé son nous accueillaient et puis c'était parti toute la journée pour faire de la musique avec tous ces instruments qui n’attendaient que ça! Le Studio Wavelab est une vraie caverne d'Ali baba! C'était parfait pour la création et puis vers 19h on s'arrêtait, on allait boire un coup dans un bar ou on allait découvrir la ville... Et puis, John Convertino, le batteur qui vit à El Paso a passé une semaine avec nous au même endroit? Nous avons donc passé les soirées ensemble. Il nous a raconté les épopées de sa vie autour d'un bon whisky, c'était formidable.

Il est prévu que vous retourniez là-bas?


Pour l'instant, non. Mais j'aimerais tellement aller chanter là-bas, recommencer...


Vous citez une très belle phrase de Frida Kahlo: “je n'ai pas besoin de mes pieds puisque j'ai des ailes pour voler”.


Cette femme était incroyable. Son corps ne lui a pas fait de cadeaux, entre la poliomyélite dans son enfance, son accident de car avec cette barre qui lui a traversé son bassin, qui a fait quelle n'a pas pu avoir d'enfants, ses fausses couches... A un moment donné, il a même été question de lui amputer un bout de jambe et c'est là qu’elle a dit cette phrase. Elle tournait toujours tout dans le positif, dans la création. Ses œuvres sont quand même parfois difficiles à regarder on y sent toute sa souffrance, et oui j'aime bien retenir ça d'elle.


“Numéro” sera ce qui va vous permettre de vous envoler ?


Je ne sais pas... en tous cas ce sont de bonnes ailes. J'aime beaucoup voyager à côté de cet album.


Il est chaleureux, bienveillant... Vous développez beaucoup de bienveillance.


Il n'y a pas de jugement en tous cas, ça c'est sûr.


Vous avez dit un jour: “j'ai eu besoin d'une dizaine d'années pour me connaître artistiquement pour définir ce que je voulais défendre et dire”.


On a toujours peur que le temps ne soit pas notre allié quand on est chanteuse et musicienne, c'est un vieux “machin” qui traîne dans nos têtes. Pour moi le temps, l'expérience et tout ce que j'ai vécu, m’aident tellement dans mes choix et dans la confiance que j’ai non seulement en tant que femme bien sûr mais en tant qu'artiste aussi. C'est beaucoup plus confortable de chanter aujourd'hui qu'il y a 10 ans. Vraiment.


Dans votre concert, vous parlez des femmes, vous chantez les femmes, mais dans les interviews, à part Olivia Ruiz, vous ne parlez quasiment que d'hommes...

C'est vrai que j'ai été beaucoup influencée par les hommes chanteurs... Après, en femme bien évidemment que j'ai été très inspirée par Véronique Sanson, Patti Smith, Janis Joplin, Vanessa Parais. Dans la musique actuelle, aujourd'hui j'aime beaucoup Clara Luciani, je trouve qu'elle fait vraiment de très belles choses.


Et il y les Jeannes de la chanson: Jeanne Cherhal, Jeanne Moreau...


Et Jeanne Added.


On a oublié quelque chose ?


Pour le moment rien d'autre ne me vient. En tous cas, ça me fait très plaisir que vous m'interviewiez suite à un concert, je trouve ça super.


C'était vraiment très beau, très chaleureux, agréable... Il me semble que nous avons tous passé un très bon moment avec vous!


Propos recueillis par #PG9




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